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La bataille de Martemura

A.D. Mars 1906

 

D’après les mémoires du

Rév. Père Stanislao del Sacro Cuore ocd

 

C’est le dernier Dimanche du Carnaval, alors que la construction de la nouvelle église de Kobayat commençait de s’élever sur les grands pylônes de subsconstruction et alors que les premiers bourgeons, enfants de Kobayat se préparaient à partir pour le Carmel où ils auraient constitué le premier noyau des ouvriers de la Mission, vers trois heures de l’après-midi, le supérieur de la station accompagné du P.Joseph d’Arpins, alors mission maire nouveau et formateur zélé du futur personnel, s’en alla visiter les parents des braves jeunes gens pour les réconforter dans leur douleur occasionnée par le fait de se détacher de leurs enfants biens aimés.

 

Le village de Kobayat se divise en 6 quartiers appelés, Zouk supérieur, Zouk inférieur, Maret moura, Deat-Garbie, Daher Beelen, Gouia e Cuméa dans la montagne. Les quartiers sont à distance l’un de l’autre d’un à trois quarts d’heure, mais ils sont toujours restés en harmonie entre eux par les soins de nos missionnaires. Le diable, à plusieurs reprises, avait essayé de semer la discorde entre les divers quartiers et leurs chefs, mais l’intervention rapide de nos missionnaires avait fait échouer toute manœuvre de l’ennemi de tout bien.

 

L’union avait produit un grand bien-être matériel et normal parmi le peuple et tout le monde vivait dans une tranquillité parfaite. Le chef de Maret-Mura qui, en ces temps là, s’était beaucoup éloigné des pratiques religieuses et fréquentait, de préférence, les maisons des notables musulmans (des petits comtes) des villages voisins, voulait imiter les usages barbares de ces derniers. Les Bakawets avaient l’habitude, comme une fois au moyen-age en Europe, de prétendre à ce que tout jeune, fille ou garçon, voulant se marier, dusse obtenir l’autorisation, le nulla osta, du chef dont il dépendait. Ces autorisations étaient accordées ou refusées selon la quantité d’argent ou des dons offerts, après une lutte de presque deux lettres et avec beaucoup de fatigue, ces abus, chez les chrétiens de Kobiat, avaient été déracinés par le supérieur de notre station (P. Stanislas) de même, les becawets des villages voisins ne prétendaient plus riens des chrétiens pour des questions matrimoniales. Mais voilà que le chef de Maret-Mura se mit en tête de faire ce que les Turcs ne l’osaient plus. Une jeune fille de ce quartier était fiancée à un jeune homme de Zuk inférieur. Tous les notables de Zuk montés sur leurs splendides chevaux, (temps heureux !) dans leurs flamboyants accoutrements s’étaient rendus à Marte-Mura pour la transfert de la fiancée à la maison de l’époux où un curé maronite, entouré des parents du fiancé, attendait le moment de bénir les noces. ‘’ Aucune jeune fille de Maret-Mura, n’ira pas ennoce à Zuk sans mon autorisation’’, Proclama fièrement le chef de Maret-Mura et, ipso facto, il envoya ses hommes pour empêcher que la fiancée ne fut transférée chez l’époux. Ceux-ci, robustes et audacieux, ne se firent pas répéter les ordres. Ils s’armèrent et se jetèrent sur le cortige qui était en train de se former à côté de la petite église de Maret-Mura, (centre du quartier). Une bagarre terrible s’en suivit. De nombreux coups de feu retentirent dans la vallée voisine et des cris aigus d’hommes et de femmes qui appelaient au secours se firent entendre distinctement. Le supérieur de la station se trouvait en ce moment-là sur la terrasse de la maison Kastun entouré des proches parents du jeune postulant. ‘’Père, dit l’oncle du jeune homme aujourd’hui, nous aurons 50 morts entre Zuk et Maret-Mura, si vous, qui seul pouvez les arraisonner, ne courez pas immédiatement là-bas pour calmer ces gens hors d’eux-mêmes d’autant plus qu’ils sont aujourd’hui ivres.’’

‘’Apportez-moi un cheval, répondit le père car ma jument est malade’’. ‘’ Ils sont tous dehors…’’ répliqua Kastun. ‘’Apportez-moi un âne’’ reprit le père. On lui apporta, immédiatement, un âne mais sans selle; et laissant derrière lui le père Joseph, il trotta jusqu’à Maret-Murat accompagné d’un serviteur des Kastun.

 

A peine arrivé, du père, le premier à s’enfuir fut le chef de Maret-Mura, véritable Don Rodrigue. Le curé de Maret-Mura fut pris aucun : ‘’ Et toi ; traître, c’est ainsi que tu tues mes brebis et les tiens’’ dit le père et aux uns il arracha le pistolet aux autres, le fusil, à quelques uns le poignard, d’autres il retire le sabre qu’il jette au loin dans les vergers voisins. Aux uns, il adresse une parole de consolation, à d’autres une terrible menace, jusqu’à l’arrêt de la lutte. Après cela, on lui apporta une chaise sur laquelle il s’affala fatigué, essoufflé et l’esprit troublé. « Dis-moi, vierge Sainte, qu’est-ce que j‘ai à faire ! ».

 

Pendant ce temps, la population des autres quartiers s’était soulevée, se donnant la voix à sonde cloches, et à crépitement de fusils. La foule, en masse compacte, se dirige vers Maret-Mura. Elle arrivait déjà au petit torrent qui sépare la colline de Maret-Mura de la plaine de Zuk. Le temps pressait, dix minutes encore et la bataille sanglante aurait commencé. A cette vue, une idée vint à l’esprit du père, idée inspirée, sans doute, par la Ste vierge : emporter la fiancée, seul et sans arme et affronter la foule des assaillants. Tournant les yeux, il vit, bien orné et bien sellés tous les chevaux abandonnés par les notables de Zuk qui s’étaient en fouis. ‘’ Apportez-moi, ici, ces chevaux ! Et vous, gens de Maret-Mura, retirez-vous dans vos maisons ! Et maudit soit par le Christ celui qui, aujourd’hui, désobéit ou bien tire un seul coup de fusil ! Il y a déjà trop de sang, (six blessés) et ça doit suffire ! «Quand fait relever, rapidement, les blessés et les ayant confiés aux bons sains de nos tertiaires de Maret-Mura, il saute agile sur un cheval et il fait monter sur un autre, la pauvre fiancée en larmes, il s’en va à la grâce de Dieu.

 

C’était, vraiment, un transfert de fiancée qu’on n’avait jamais vu. Un missionnaire qui emporte une jeune fiancée. Mais où ? Il ne le sait pas. Cependant, Dieu, qui lui avait inspiré l’action, le lui dira. Parvenu, devant la foule des assaillants, ceux-ci crient « nous ne voulons point de la fiancée, nous voulons détruire Maret-Mura». Quelqu’un coupait par un coup de poignard la ceinture qui fixait la salle du cheval de la fiancée pour pouvoir la renverser « Arrête, mon fils ! Maudit soit qui, aujourd’hui, s’appose à ce que Dieu vent, maudit celui qui fait feu ! «Où est ce que vous emportez la fiancée ? » Lui demandèrent-ils ! « Chez les sœurs ! Elle a pleuré beaucoup, il est nécessaire de lui faire un peu de Carnaval ! Allons-y ! Il continua sa route, entouré de cette foule en tumulte, dépassa la maison des Kastun, feignant de se rendre à la Mission.

 

Auprès de quelques jeunes, véritables géants, mais très attachés à la Mission, le père s’était informé où se trouvait la maison du jeune époux. Comme elle était une petite distance de la route, il éperonna son cheval et en deux sants il se trouva devant la maison suivie de la jeune fille et des gardes du corps improvisés. La vielle maman du fiancé, à la vue de cet étrange crue ment de la fiancé, rabattit la porte à la face des sa future belle-fille et à la compagnie. Un ordre sec fut donné et les gardes géants, d’un coup d’épaule en cohérent en pièces la porte de la maison.

 

Immédiatement, missionnaire, fiancée et grandes entrèrent dans la maison qui était décorée à fête pour la circonstance. « Je ne la veux plus dit la pauvre femme, comme épouse de mon fils, une fille, portée de cette manière! » « Je ne te la donne pas ! dit le père, seulement je te demande de garder ma fille pour cinq minutes et ensuite je la reprends et je l’emporte loin. » Il la fit assois sur le petit trône, déjà préparé avec beaucoup d’amour pour la nouvelle mariée avant la bagarre, et l’ayant laissée à la garde des braves jeunes gens, il monta rapidement sur la terrasse de la maison. Il s’adressa, alors, au peuple nombreux et en colère qui attendait le développement de la seine : « Mes enfants, dit-il, écoutez-moi et faites, en suite, ce que vous vaudrez ! » Arrêtés les cris et fait silence, le supérieur, avec un élan et un style jamais employé, lève les mains vers le ciel et crie de toutes la forcer de ses poumons «  Jésus, regarde ton peuple ! Est-ce lui pour lequel tu a tant souffert et tu es mort ?! O vierge Sainte, sont ceux tes enfants ? Les voici en train de s’entre-tuer pour la stupidité d’un chef et pour une cérémonie qui ne mérite pas la lutte. Ah ! Tu as été fort imbécile. O christ, pour mourir pour ces gens ! Tu as bien imbécile O vierge Sainte pour avoir été une mère de douleur pour tes enfants ingrats~ j’ai été bien stupide, moi-même, pour avoir soutenu tant de luttes et courir tant de dangers pour un peuple qui ne me comprend pas. »

 

A ces mots, tout le peuple, debout, « Sa suffit, Abouna, donne tes ordres, nous t’obéissons… ! » « Eloignez les armes » fut la réponse du père. En un instant, les armes furent rassemblées. « Qu’est-ce que vous voulez maintenant ? » Alors, le père, calme et souriant, « Mes enfants, depuis que le monde est monde, c’est la première fois qu’un mission maire transfère une fiancée à la maison de son époux! Il est juste que vous fassiez mille fêtes à la bonne petite fiancée qu’aujourd’hui, je vous ai portée. Quant à la responsabilité de chef de Maret-Mura et de ceux qui ont commencé la bagasse j’y penserai moi-même et j’agirai selon la justice comme vous le savez… « Il arrive alors un changement de scène instantané et merveilleux. Tous ces divers milliers de personnes quelque temps avant, en colère et prêts au corsage lacèrent un formidable hourra ! à la Mission carmélitaine. Les femmes et les filles commencèrent leur chant traditionnel des noces avec l’habituel trille de joie. Les hommes entamèrent leurs danses, firent monter le père supérieur et le père Joseph d’Arpins sur les beaux alezans et les raccompagnèrent à la résidence de la Mission. Ainsi s’écoulèrent ces heures tragi-comiques de cet après-midi du dernier jour du carnaval chez les Maronites.

 

Les pères, à peine rentrés, s’en allèrent à l’église pour rendre grâce à dieu d’avoir empêché une ultérieure effusion de sang et une semence de haine entre les divers quartiers de Kobayat. Le jour suivant, (avant dernier jour du carnaval chez les Latins) vers midi, alors que les pères prenaient leur modeste repas, voilà s’approcher de la résidence un nombre infini de personnes avec presque tous les chevaux et mulets du pays. Sans trop de cérémonie, les chefs pénètrent dans le petit réfectoire s’emparent du supérieur et du père Joseph, les font monter sur les meilleurs chevaux et ensuite, parmi des corps de feu et des cris de joie, ils les conduisent à la maison de la jeune mariée. « Pourquoi tout cela, demande le supérieur aux chefs du pays? Après tout ce vous avez fait pour nous, il n’était pas juste de célébrer la fête sans votre intervention ». Arrivés à la maison, toujours au milieu des chants et des ‘’ewiva’’, on bénit les noces dans un ordre parfait et la commotion générale. Ainsi, une fête de mariage, qui avait commencé avec une bataille termina dans un renouveau de concorde et d’esprit chrétien par un coup d’audace de nos pères. Quelques jour après, fut aussi résolu le débat suscité par les blessés et furent ainsi pêchées les conséquences judiciaires de l’affaire avec le grand soulagement de tout le peuple qui vint, ensuite, en masse, remercier les pères pour les sacrifices soutenus… »

 

D’après les mémoires du

Rév. Père Stanislao del Sacro Cuore ocd

 

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