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Michel Breydy, PBR. Dr. en Droit Canonique - Edition 1960

L'Office Divin dans l'Église Syro-Maronite

 

Index  -  PREFACE  -  Chap. I  -  Chap. II  -  Chap. III  -  Chap IV  -  Chap V  -  Chap VIChap VII  -  Chap VIII - Conclusion - Biblio

 

CHAPITRE III

 

POUR  MIEUX  SITUER  LE  PROBLÈME

DE  L'OFFICE  DIVIN  CHEZ  LES  MARONITES

 

 

§ I. — L'Ordonnance de l'office divin dans l'Église SYRO-MARONITE

 

55.  — Dans la constitution et la systémasation de notre office divin, en plus des raisons déjà mentionnées, nous sommes en devoir de rappeler au moins deux facteurs importants qui y jouèrent un rôle essentiel. Ce sont: l'École d'Antioche et la langue syriaque.

La véritable influence de l'École d'Antioche est d'autant moins justement appréciée qu'elle est le plus souvent renfermée dans un aspect purement exégétique de la Bible, et réduite à la perspective de ses tout premiers représentants au IVe et Ve siècles, connus seulement à travers leurs œuvres grecques[1].

 

56.  — En fait par une heureuse entreprise de notre XXe s. de publier et de traduire le patrimoine littéraire syriaque des disciples et autres adhérents de cette école, nous arrivons aujourd'hui à mesurer dans sa juste valeur l'ampleur dans le temps et dans l'espace, de l'influence qu'ont eu sa méthode exégétique et ses principes d'exposition et d'inter­prétation non seulement des données bibliques, mais aussi de la doctrine philosophique à prédominance réaliste et aristotélicienne. A cette même époque qui nous intéresse pour l'organisation des offices divins, nous constatons que les œuvres presque complètes d'Aristote étaient venus, à travers les traductions, enrichir la pensée syriaco-araméenne.

C'est d'ailleurs, grâce à cette version syriaque et aux commentaires que les Syriens ou Syro-antiochiens y ont ajoutés que la philosophie grecque est parvenue aux Arabes qui la légueront ensuite à l'Espagne, et par elle à l'Occident[2].

 

57. — Il en va de même dans l'appréciation du rôle de la langue syriaque. Celle-ci, s'étant étendue des côtes orientales de la Méditerranée jusqu'au Sud de l'Arménie, entre le Tigre et l'Euphrate, avait acquis dans l'usage populaire la primauté tant sur l'assyro-babylonien que sur le grec du monde officiel et gouvernemental[3].

Elle a eu, comme toutes les langues vivantes, ses périodes de splendeur, de décadence et de renaissance. Au début, elle était confondue avec la langue araméenne, et elle comprenait parmi ses productions littéraires le Talmud babylonien, les livres des mazdéens, des juifs en captivité, des gnostiques (Bardesane et son fils), et enfin des chrétiens d'Edesse et des alentours.

En fait, avec le christianisme naissant, la langue syriaque avait repris son ancienne vigueur, et peu à peu elle se séparait des milieux non-chrétiens, pour se présenter, à partir du IVe siècle de notre ère, comme le symbole du nationalisme antibyzantin[4].

L'apogée de sa renaissance s'étend du IVe au IXe siècle, où elle commence à disparaître devant les conquérants arabes. Mais les compositions chrétiennes en poésie et en prose prolifèrent pendant cette période plus que jamais.  C'est à ce moment que la langue syriaque devient la conservatrice et l'héritière attitrée de la littérature patristique d'Antioche dont les liens théologiques avec l'École d'Edesse, ne s'étaient jamais desserrés[5].

 

58.   — Nécessairement donc, la structure de l'office divin devait s'en ressentir. Les formules nées spontanément aux temps apostoliques, s'accommodaient peu ou prou à la cadence rythmique de la langue syriaque en pleine apogée.

Le développement théologique de la foi chrétienne descendue au niveau du peuple exigeait une coordination et une orientation logique et précise de la prière à laquelle ce peuple devait prendre part pour sa propre instruction, aussi bien que pour l'accomplissement de ses devoirs de piété encadrée des principes de l'orthodoxie que théologiens, évêques et conciles, ne se lassaient point d'éclaircir et de définir.

Partant de là, on s'explique aisément pourquoi, par exemple, les églises syriennes avaient adopté dans les assemblées des fidèles, pour la prière publique, les cantiques et les poésies de St Ephrem avant même que celui-ci ne mourût[6].

Pour nous, cette donnée attestée par St Jérôme, est un indice précieux pour déterminer l'époque où l'église syrienne commença à élaborer les éléments de son office public. On en garda l'ordonnance des premiers siècles, mais on s'avisa d'adopter à la place des psalmodies et des hymnes plus ou moins improvisées sans onction ni métrique poétique, des cantiques et des hymnes puisés chez les meilleurs écrivains et docteurs de l'Église.

 

59.   — Au lieu des sermons catéchétiques variables quant au fond et quant à la forme d'après l'éloquence et l'inspiration de celui qui en était chargé, on enregistra des homélies sui generis (— souvent en forme impétratoire —) qu'on appelle Houssoyos et qui contenaient les princi­pales précisions apportées au dépôt de la foi[7].

Le tout se présentait, comme il se devait, en une langue syriaque impeccable, harmonieuse, et qui, de plus, était imbibée de l'esprit d'Antioche; mais eu égard aux actes des Conciles œcuméniques et provinciaux, et à d'autres considérations que l'on peut facilement ima­giner, cette formule du Houssoyo était volontiers perméable aux expres­sions et aux constructions grecques[8].

Cette initiative si heureuse en soi, laissait néanmoins la porte ouverte à d'autres introductions de cantiques et de houssoyos ou homé­lies[9].

D'un côté, cela constituait un danger permanent, que les hérétiques mettaient à profit, chaque fois qu'ils voulaient innover en matière de foi. L'uniformité y perdait, et les schismes survenants de siècle en siècle augmenteront à nouveau les bigarrures qu'avaient produites jadis les improvisations.

Mais, d'autre part, cette ordonnance eut le mérite de nous con­server intact le patrimoine légué par les siècles primitifs du christianisme syro-antiochien, tout en lui incorporant les nouvelles acquisitions littéraires que l'autorité hiérarchique et le commun des fidèles avaient agréées[10].

De plus cette formule des houssoyos et cantiques antiphonés permet d'élargir l'antique ordonnance de Peuchologie dominicale à toute l'année ecclésiastique, aussi bien qu'à tous les jours de la semaine, et à toutes les heures du jour. Ce fut aussi une réussite, car la piété monacale, de même que celle du clergé et des fidèles, s'y adaptaient à merveille. Nous étu­dierons, plus loin, la réalisation définitive de cette initiative dans la systémasation du bréviaire syro-maronite. En attendant, qu'il nous suffise de rappeler qu'ayant débuté au IVe siècle cette, réalisation ne cessera de progresser et se parachèvera à la fin du Vile siècle avec l'apparition de l'office syro-maronite, dernier-né parmi ses frères de l'église syrienne mais seul à échapper à l'emprise des schismes et des hérésies orientales[11].

 

60.  — Avant de nous lancer dans la description de l'ordonnance de l'année ecclésiastique chez les Maronites, il nous plaît de rapporter ici cette judicieuse remarque de Mgr Paul Hindo, qui s'applique au bré­viaire syrien en général, et par conséquent, aussi à celui des Maronites:

«Le matériel qui (y) a été accumulé appartient à des époques diverses, et est de valeur probative inégale, puisque à l'ancien fonds catholique, d'autres prières furent ajoutées au cours des siècles, puisées aux œuvres des Pères Orthodoxes et d'écrivains... anonymes... Ce qui est certain, c'est qu'en lisant les textes liturgiques, on n'en trouve pas un seul qui puisse choquer notre piété ou contredire le sentiment catho­lique»[12].

 

 

 

§ 2. — La disposition de l'office divin dans l'année ecclésiastique

 

61.  — S'il est vrai que le devoir de la prière ecclésiastique publique s'accomplit toujours de telle façon qu'il encadre de près ou de loin la célébration de l'Eucharistie, et qu'il rappelle au début de chaque semaine (= le dimanche) la résurrection du Seigneur[13] il faut reconnaître aussi que l'ancienne Église d'Antioche a su disposer et coordonner son année ecclésiastique sur ce même objet essentiel qui est la commémoration du mystère du Christ dans sa plénitude.

Le Christ Médiateur, seul moyen et dernier but de l'Église, figure, dans l'année liturgique, comme Rédempteur entouré de ses rachetés: le Chef du Corps Mystique y est considéré dans les faits les plus saillants de sa vie et de sa mort, sans que la contemplation ou l'intercession de ses membres glorifiés, et en particulier de sa Sainte Mère, nous en éloignent ou nous en distraient.

La Résurrection du Christ, gage de notre vie future[14], comme l'Eucharistie est l'aliment de notre vie actuelle[15], reste toujours au centre du cycle hebdomadaire et annuel à la fois. Mais dans l'année liturgique, elle est préparée de loin par les cycles de l'Annonciation, de la Nativité, de l'Epiphanie, et de près par les offices de la Quarantaine et de la Passion ou Semaine Sainte.

Nous avons également dans le cycle hebdomadaire les offices des féries qui préparent celui du dimanche ou n'en sont que le développement, particulièrement celui du vendredi, réservé depuis les premiers siècles à la mémoire de la Croix et du Crucifié[16].

 

62. — Il est difficile de savoir jusqu'à quel point cette mutuelle influence entre le cycle annuel et hebdomadaire a répercuté sur l'ordonnance définitive de l'office divin lui-même dans le Bréviaire de l'Église syrienne  d'Antioche.

Mais il est évident que ce qui caractérise la forme de composition du Bréviaire syro-maronite est son indépendance de tout calendrier en dehors de celui des fêtes dites «Yodé Moronoyé» ou  Seigneuriales, auxquelles, il va sans dire, il faut juxtaposer les dimanches de Carême et les jours de la Semaine Sainte.

Ce qui change réellement d'un jour à l'autre (et d'une semaine à l'autre), ce sont à proprement parler certaines oraisons ou certains passages à thème bien déterminé et particulier qui établissent ainsi la note du jour ou de la semaine dans l'année liturgique. En fait, toutes les prières que nous rencontrons dans les euchologies syriennes officielles, sont conçues en fonction de deux idées principales avec, comme base, un seul concept:

le Sacerdoce-Médiation ayant d'un côté les   Mystères   du   Christ Rédempteur et de Vautre les Mystères du Corps  Mystique.

En d'autres termes, c'est toujours un seul et unique sacerdoce con­sidéré sous l'aspect doublement actif: dans son entité parfaite en la personne de Jésus, et dans son entité participée en la personne du prêtre chrétien.

Le Christ, «Grand Prêtre de notre confession»[17] demeure tou­jours au centre du culte chrétien, et de toute manifestation officielle de l'Église. C'est pourquoi aucune prière ne s'adresse aux Saints, ni aux autres membres du Corps Mystique, que par rapport à l'unique Média­teur et Seigneur Jésus-Christ soit comme «Primogenitus Mariae», soit comme «Prototypus Martyrum», soit enfin comme Dieu-Rédempteur de tous :[18]

 

63. — Le prêtre qui, comme «Homme», est investi d'une espèce de médiation entre Dieu et ses créatures, par son sacerdoce participé de celui du Christ, ne fait autre chose, en présidant la prière officielle ou en l'accomplissant, qu'être le «minister Christi», par qui s'édifie, au cours de l'année entière et le long des âges, le Corps Mystique du Christ dans la plénitude de sa perfection: au ciel, sur terre, comme au purgatoire.

Ces deux idées s'intègrent donc et se parachèvent pour constituer la base ou le fondement du langage usuel de l'assemblée chrétienne en prière officielle.

Plus tard, sûrement après la formation de l'office hebdomadaire dans ses trois jours principaux[19], l'année liturgique, elle aussi, sortit des bornes du cycle seigneurial en même temps que les autres jours de la semaine recevaient des adresses spéciales et formaient des offices propres.

Des offices nouveaux s'ajouteront en fonction des fêtes de la Pente­côte (13 à 18 dimanches), de l'Exaltation de la Sainte Croix (7 à 8 dimanches), et d'autres fêtes.

Nous manquons de documents à ce sujet pour mieux préciser cette évolution de l'office dans l'église syrienne. Mais l'on peut du moins restreindre l'intervalle de temps où elle a pu débuter et prendre fin,, c'est-à-dire entre le VIe et le VIIe siècle. En effet, l'intervention des moines dans la vie publique à cette époque aboutit, d'un côté, à la constitution de l'église monophysite, et de l'autre, à celle de l'église chalcédonienne[20], de laquelle naquirent l'église syrienne melchite qui finit par se byzantiniser au XVIe siècle, et l'église maronite qui subsista dans son orthodoxie, seule héritière d'un passé glorieux et fécond que les séparations des différentes communautés issues de l'unique patriarcat d'Antioche ont malheureusement terni et défiguré. L'union constante aurait eu, entre autres avantages majeurs, celui de conserver intacte l'antique liturgie des offices divins.

 

64. — L'on peut aussi assurer que le sanctoral n'a jamais trouvé une atmosphère favorable dans l'année liturgique syro-maronite. Chaque fois qu'on a voulu l'insérer dans les offices liturgiques de l'année ou même dans le cycle hebdomadaire, l'échec a été complet[21].

Même à l'époque la plus rapprochée de nous, lorsqu'on a voulu (— probablement sous l'influence des croisés et Missionnaires latins —) disposer l'office annuel autour de plusieurs fêtes et commémorations de saints et de martyrs, il est très utile de remarquer l'orientation fondamentale qu'on y a toujours conservée. La division de toute l'année demeure en fonction des fêtes seigneuriales, comme au début toutes les semaines convergeaient vers le dimanche. Ce jour est consacré, lui aussi, à la mémoire de la Résurrection du Sauveur si intimement rattachée à l'Eucharistie dans l'esprit des premiers fidèles. La figure du Christ, Unique Médiateur, ne resplendit pleinement que mise en confrontation avec sa Résurrection[22].

Puisqu'il n'y a que Lui qui compte pour nous comme espérance, médiation et salut effectif, on ne peut introduire des offices ou des prières adressées aux saints, séparément de Jésus-Christ. Les saints quels qu'ils soient ne font qu'intercéder pour nous, qui sommes leurs frères, auprès de Lui qui est notre Chef et notre TOUT[23].

 

65.  — C'est une caractéristique toute particulière à la piété orientale en général, et elle a été sauvegardée dans les euchologies syro-antiochiennes malgré toutes les apparences contraires.

Dans l'église maronite on emploie régulièrement, aujourd'hui comme il y a douze siècles, l'office simple de toutes les semaines, avec celui du Carême — quoique plus rarement — et de la semaine sainte[24].

Après la publication de plusieurs offices divins en l'honneur de saints envers qui la dévotion des orientaux et des maronites en particulier, est très grande, et quoique ces offices aient essayé toujours de calquer les modalités de l'office hebdomadaire, le Teschmescht ou Sanctoral n'a point été publié et le Phenkite ou Festival est rarement employé, son usage étant réduit au service liturgique des cathédrales et à certaines fêtes seulement[25].

 

66.  — À l'exception des maisons religieuses, où l'emploi du Sanctoral et de l'office de la Quarantaine est plus fréquent, les livres d'office couramment et universellement récités restent toujours le Bréviaire et le Passional. A eux seuls, ils constituent donc le matériel de «sanctification» de toute l'année ecclésiastique. Or, redire toujours les mêmes choses et répéter les mêmes idées indéfiniment, devait créer, à la longue, une grande désaffection envers l'office divin. Cette situation devint alar­mante, au moment où, par suite des circonstances, on perdit le contact indispensable entre bréviaire et Écriture Sainte d'une part, et entre office divin et communauté de l'autre. L'office divin syro-maronite, nous l'entendons redire par plusieurs, est ennuyeux. Anciennement, quand on accomplissait cette obligation en communauté, l'on s'ingéniait à la rendre agréable par le chant modulé chaque jour de manière diverse, (en adop­tant pour chaque semaine ou chaque jour une des huit tonalités)[26].

Avec la généralisation de la récitation privée, ce palliatif, comme aussi celui des lectures bibliques recueillies dans le Risch-Corian[27], fit défaut.

Les lectures choisies pour chaque jour dans les Évangiles consti­tuaient un recueil à part: l'Évangéliaire. Aujourd'hui on recourt au Missel édité, pour y lire l'Évangile du lendemain. L'édition de 1841 du lectionnaire est devenue très rare dans les églises paroissiales.

Néanmoins il reste toujours possible à chaque individu d'y remédier en son particulier, s'il le voulait[28].

Pour illustrer mieux ce que nous venons de dire sur l'ordonnance de l'année liturgique «officielle», nous analyserons rapidement les quatre recueils de prières suivants: Le Passional (ou Haché), l'office de la Quarantaine (ou Tedmourtho), le Festival (ou Phenkite hiémal et estival) et enfin le Sanctoral (ou Teschmeschto).

 

67. — 1] : Le Passional ou office de la Passion semble être le recueil le plus ancien dans l'histoire de la formation des livres d'office divin. Vers la moitié du IIIème siècle déjà, une lettre de St Denys d'Alexandrie (+ 264) à Basilide[29] nous témoigne que les chrétiens observaient la Semaine Sainte par la xérophagie et la prière communautaire. Une explication nous est donnée dans les Constitutions des Apôtres:

«Ego Paulus et ego Petrus constituimus: Servi operentur quinque diebus, sabbato autem et dominica vacent in ecclesia propter doctrinam pietatis; nom sabbatum quidem diximus rationem habere creationis (?!!), dominicam vero resurrectionis. MAGNA HEBDOMADA tota, et ea quae illam sequitur servi otientur, quia Ma passionis est, haec resurrectionis, et opus est doceri, quis sit qui passus est ac resurrexit, vel quis sit, qui pati permisit, quique resuscitavit...»[30]

Dans la ligne tracée par ces paroles attribuées aux apôtres, le Passional des maronites contient dans ses proses et ses hymnes, ses oraisons et ses cantiques l'exposé exhaustif de toute la doctrine catholique sur la passion et la résurrection du Seigneur. Les heures de chaque jour sont complètes comme celles de l'office hebdomadaire de l'année; l'office de la nuit, bien plus long et développé, a néanmoins ses quatre stations à l'exception de celui du vendredi saint qui en a cinq: la quatrième étant construite sur le modèle des trois précédents (: oraisons, homélies, prière de l'encens, Boout et madroscho), et la cinquième reprend la versification du cantique des trois enfants (Daniel 3, 57-90 refondu et christianisé) à l'instar des stations finales des autres offices du Bréviaire férial[31].

A ce recueil fait suite encore le propre de la Semaine de la Résur­rection; mais elle est restée en manuscrit, et son usage est très rare puisqu'en pratique on en a extrait celui du dimanche de Pâques et on l'a inclus dans le bréviaire hebdomadaire dit «Schihim».

68. — II] : Le Propre de la Sainte Quarantaine ou le «Liber de Sancto Jejunio, deque dominicis ejus et patratis a Deo miraculis, et de hosan-narum hebdomada»[32], comprend les offices divins de la période du Carême. Il est toujours manuscrit mais bien plus employé surtout dans les cathédrales et les grandes paroisses. Ses copies sont très nombreuses, quoique pas toujours conformes les unes aux autres, et on en trouve plusieurs à la Vaticane[33] et au Collège-Procure des Maronites à Rome. On n'y trouve pas cependant d'offices pour toutes les heures, et, en réalité, il ne comprend que les offices de deux semaines fériales, et de sept dimanches.

Le premier dimanche, dit introduction du Carême, commence la série des offices des six fériés dont l'objet principal tourne autour du miracle de Cana et des avantages du jeûne. Pour ce dimanche et pour tous ceux qui suivront, il y a un office pour vêpres (ramscho), apodipnon (soutoro) et matin (saphro) avec quelquefois un premier et quatrième nocturne. Pour les fériés, au contraire, il n'y a que les offices des vêpres et du matin. Ces derniers seront repris identiquement dans les fériés des trois semaines qui la suivent.

Le second dimanche est consacré à la guérison du lépreux, le troi­sième à l'hémorroïsse, le quatrième à la méditation de la parabole de l'enfant prodigue. Vient ensuite la deuxième série d'offices fériaux, consacrés à l'ensemble des faits miraculeux du Christ, qui seront, à leur tour, repris pendant les fériés respectives des semaines restantes. Quelques offices de saints dont la mémoire tombe en carême y sont intercalés.

Le cinquième dimanche est dit du paralytique, et le sixième de l'aveugle-né. En tenant compte que le premier dimanche correspond dans le calendrier romain à celui de la Quinquagésime, le septième sera celui des Rameaux, dit des «Hosanna».

 

69.  — III] : Le Phenkite (de ttivx= tome) publié à Rome en deux volumes (1656 et 1666) comprend le propre de certaines fêtes fixes de l'année. En réalité, il ne se distingue de l'autre collection dite «Tesch-mescht» que par le fait de sa publication. Au premier volume hiémal, nous retrouvons les offices de la Dédicace, de l'annonciation de Zacharie, celle de la Sainte Vierge, de la Visitation et de la naissance de Jean Baptiste, qui correspondent à autant de dimanches d'avant Noël.

Suivent ceux de Jacques, Barbara et Paulina, de la Nativité de Notre Seigneur de St. Etienne, des Innocents, de la Circoncision, des SS. Basile et Grégoire, de l'Epiphanie et de la Présentation au Temple.

Au second volume, estival, on a recueilli plusieurs offices de saints, particulièrement honorés en Orient: Mar Nohra (Lucien), Siméon le Stylite, Chamouni et ses fils, Arthème (Challita), Domitius, Serge et Bacchus, Libéos et Georges. En plus les offices suivants : Transfiguration, Nativité de la Vierge, Exaltation de la Sainte Croix.

La période de formation de ce recueil ne peut être déterminée puisqu'il faut, chaque fois, remonter aux origines de la dévotion envers chaque titulaire. Il est évident que la collection n'a été faite que tardive­ment, et on peut dire qu'elle n'a pas été exhaustive.

On rencontre en effet des manuscrits d'offices de saints qui remontent jusqu'au XIIIe siècle, et on suppose que d'autres devraient être plus anciens encore.

Ce qui est justement à remarquer ici, c'est que l'idée de se constituer une collection d'offices divins corrélatifs du «sanctoral» des offices latins, a été un produit importé en Orient par les missionnaires et les élèves de Rome.

La dispersion même des offices propres à chaque saint local dans les églises diverses prouve assez que pareilles dévotions étaient loin de constituer des coutumes générales, mais simplement régionales et orientées toujours vers un lieu et un sanctuaire déterminés.

 

70.  — IV] Le recueil connu sous le nom de teschmescht ne s'est formé en tant que tel qu'après l'édition du Phenkite. On se rendit compte que les fêtes de saints y incluses en laissaient bien d'autres en dehors.
En fait le but de la constitution du Phenkite avait été celui de réunir principalement les fêtes seigneuriales et mariales.

Le Teschmeschto recueillera celles des saints surtout, mais aussi celles du Sacré-Cœur, de la Fête-Dieu, du Rosaire et de l'Immaculée, et de plusieurs autres de formation relativement récente[34].

Teschmescht en syriaque signifie «service de prières»; et il a été adopté vulgairement pour désigner les offices divins non encore édités. Dans certains manuscrits, le Teschmescht comprend plus de 50 offices.

En Occident, le Sanctoral se superposa à l'office quotidien du temporal, et s'imposa automatiquement à la récitation commune par l'introduction du bréviaire romano-monastique.

En Orient, et chez les Maronites, étant resté en manuscrit, le Sanctoral a dû se limiter à l'usage local des églises et sanctuaires inté­ressés, et nous souhaitons vivement qu’il y demeure.

A ce propos, nous faisons nôtre la proposition suivante qui reflète l'opinion de la plupart des liturgistes contemporains en Occident:

 

«Si tous les défauts se sont donné rendez-vous au cycle, sanctoral et dévotionnel, c'est tout simplement parce que l'office divin n'a pas été fait pour honorer les saints, ni pour soutenir la dévotion, mais pour célébrer le mystère qui, lui, est intimement lié au cycle du temps.

«C'est cela qu'il faut d'abord faire comprendre à notre époque...»[35].


 

 

§ 3. L'Ordonnance   hebdomadaire   de l'office   divin   syro-maronite

(Slawoto Schihimto)

 

71. — Le cycle que nous pourrions qualifier de «dominical», et qui n'est autre que le prolongement des événements de la «Hebdomada Major», sur toutes les semaines de l'année, (et non seulement de la vigile pascale comme c'est l'opinion préférée des liturgistes latins), est à considérer comme la plus ancienne forme de prière communautaire ecclésiale uniformisée[36] parmi les Syriens.

Ainsi compris, il envelopperait expressément l'office du vendredi, consacré à la mémoire de la Passion et de la Croix rédemptrices.

Et par l'intime connexion qu'a la Théotokos avec les deux mystères de la Passion et de la Résurrection, l'office du mercredi — consacré à la mémoire de la Sainte Mère de Dieu, morte en pareil jour — s'y ajouta bientôt, probablement dans la première moitié du IVe siècle[37].

En fait, l'histoire générale de l'Église nous indique qu'aux premiers siècles, les fidèles se réunissaient pour la célébration de l'Eucharistie à certains jours de la semaine, notamment le Dimanche et le Vendredi[38].

 

72. — La Didascalie d'Addaï au IVe siècle rapporte que les apôtres «décidèrent encore que le dimanche on ferait l'office, la lecture des saints livres et l'offrande — l'Eucharistie — parce que c'est le dimanche que le Christ est ressuscité des morts et monté au ciel ; c'est encore le dimanche qu'il nous apparaîtra à la fin avec ses anges»[39].

A la quatrième station de la nuit du dimanche, nous retrouvons dans l'office maronite, ces mêmes motifs traités en long et en large dans le «madroscho» psalmodié correspondant:

«Ecoutons Paul quand il dit : Réveille-toi, toi gui dors, lèves-toi pour glorifier (Dieu), car vous serez illuminés par la Lumière glorieuse qui (provient) du Père Eternel...

Le dimanche, se sont accomplis les psaumes (suivants) du roi David: O portes, levez vos têtes (sic) et que s'élèvent les portes éternelles (Ps. 23, 7). Voici que le Christ entre, par vous, là ou se trouve son Générateur. «Le Dimanche viendra le Seigneur pour ressusciter les créatures... Le Di­manche, t’a vu l’Eglise (personnifiée...) et elle s'est prosternée pour adorer ta Croix. Et à voix haute elle dit: Sois le bienvenu, toi qui sauves mes fils de la perdition du (tombeau), et leur indiques le chemin de la vie, afin qu'ils se réjouissent avec les innocents et les justes»[40].

Le livre de la Direction, avoir après indiqué les trois prières quo­tidiennes (Matin, soir et crépuscule), ajoute:

«Quant au dimanche, il a une règle spéciale, car ses prières abondent sur les autres jours, puisqu'il faut avancer son office à la veille du samedi...»[41].

Il est certain par ailleurs que, dans la tradition chrétienne, le dimanche est, par excellence, le Jour du Seigneur Jésus, la fête hebdo­madaire de la Résurrection dont l'idée est inséparable de celle de l'Eucharistie[42].

Cette inséparabilité entre les deux faits les plus saillants de la vie du Christ, nous donne la clef pour résoudre la plupart des difficultés que suscitent certains textes anciens, évangéliques, apostoliques, ou même apocryphes, malgré tout ce que cela comporte d'étonnant et d'étrange.

Le Christ lui-même n'a-t-il pas intimement rattaché la résurrection et la vie éternelle à la manducation de son Corps, dans son discours à Capharnaum (Joh. 6, 26-60) ?

On doit facilement donc concevoir quelle en était l'influence sur les fidèles primitifs.

 

73. — Dans la structure de l'office communautaire (syro-antiochien) la semaine est considérée comme la prolongation du mystère dominical; on pourrait dire que les offices des fériés ne sont qu'une «octave» du dimanche, de même que, sur une plus grande échelle, l'année ecclésias­tique est répartie en fonction du mystère pascal[43].

Dans son ouvrage sur les «Origines du culte chrétien» Mgr Duchesne confirme ces données traditionnelles, en signalant de plus que le mercredi aussi bien que le vendredi étaient marqués par une liturgie et un office propres, et que jamais une fête de saint n'était fixée à ces jours[44].

Ce n'est que plus tard que s'introduisit l'office du samedi, spécialement consacré à la mémoire des trépassés[45].

Un «hyrmos» = ou stpµz tonus princeps[46] appelé «Byad Aghroto», attribue à St Pierre l’institution du dimanche et du vendredi. «Par missives et par des lettres, St Simon (Pierre) écrivit aux quatre parties de l'oikouméné : gardez la première du Sabbat et le vendredi (dies occasus) »[47].

L'étymologie syro-hébraïque de la VIe férié ou roubto a été employée pour interprétation allégorique de semblable appellation. Le mot rab signifie disparaître, coucher, en parlant du soleil. De là, la sémantique voudrait tirer l'origine du mot EUROP pour en faire l'équivalent de l'Occident. En arabe, le mot « al-gharb = الغرب» signifie exactement l'Occident.

Mais une strophe syrienne raisonne autrement: «C'est parce que le soleil, voyant son Seigneur nu, sur la Croix, et le Côté ouvert, s'est éclipsé au beau milieu de la journée, au moment de la crucifixion»[48].

En fait, les motifs d'une pareille dénomination peuvent se déduire soit de la fin des jours de la semaine, soit en remontant aux premiers chapitres de la Genèse, du terme des œuvres créées par Dieu.

Les chrétiens ont eu, cependant, bien d'autres motifs pour célébrer d'une façon particulière et «officielle» cette férié. L'office des Vêpres et du Matin du vendredi chez les maronites nous en mentionne les principaux :

«C'est le vendredi que vous m'avez modelé, Seigneur, c'est aussi le vendredi que le malin m'a trompé et m'a perdu. Vous, Seigneur, ayez miséricorde «C'est le vendredi que l'humanité (= l'homme) a reçu le sacerdoce, et les autres dons de gloire; et c'est en un jour pareil que le Christ, en fonction de Médiateur, nous a rachetés définitivement et souverainement !»[49].

D'autres motifs sont ainsi allégués en un sens accommodateur, dans plusieurs textes liturgiques ou patristiques.

 

74. — Quant au mercredi ou IVe férie, il a été consacré principalement et presque exclusivement à la mémoire de la «Sainte» par excellence, c'est-à-dire, à la Mère de Dieu, parce que, d'après la tradition syro-antiochienne, c'est un mercredi que la Sainte Vierge est morte[50].

En effet, quoique dans toute première station ou nocturne de l'office quotidien de la nuit, l'on adresse à la Vierge-Mère des attributs tirés des événements de sa vie, et choisis parmi les privilèges et autres grâces dont le Seigneur l'avait ornée, c'est seulement le mercredi que nous trouvons une mention explicite de sa mort et de sa résurrection anticipée, avec les expressions suivantes qui dénotent la consécration du jour à l'anniversaire de la Sainte Vierge:

«Qu'il est beau et agréable, le jour de la mémoire de la Vierge bénie, Marie, qui devint la Mère du Fils de Dieu... en ce jour les deux se réjouissent, et la terre est en liesse.

Les anges chantent gloire, les chérubins (la) bénissent, et les séraphins (lui disent) : Sainte ! Notre Seigneur (en) est content, et les Fils des hommes (les humains) s'attendent à ce que les miséricordes (les grâces) tombent sur eux».

«Au jour de mémoire de la Bénie, les grâces tombent partout où est célébré le jour de sa mémoire... Grâces soient rendues à l'Esprit (Saint) qui a exalté et glorifié le jour de sa mémoire[51].

«Au jour de mémoire de la Bénie, l’Eglise fidèle se réjouit et entre en liesse.

Elle élève la gloire à Celui qui s'est plu en Elle (la Vierge Bénie), s'est manifesté d’Elle (naquit), et a glorifié sa mémoire.

«Gloire à sa Miséricorde qui l'a élue entre toutes les tribus du monde pour devenir sa Mère[52].

«A Toi la Louange, Toi (qui es) la résurrection, la vie et le premier-né de Marie… [53].

«Que la prière de la Bénie nous serve de muraille, contre les verges de la colère !

«Si votre corps est loin de nous, ô Sainte, que vos prières soient avec nous en tout temps.

«Par la vertu secrète qui descendit et habita en vous, demandez les miséricordes pour les pécheurs qui recourent à vous»[54].

Comme indice certain — mais seulement pour une époque relativement postérieure — de la   participation des fidèles à l'heure de Sexte du mercredi, et partant, comme preuve de la célébration de cet office d'une manière plus solennelle que les autres jours de la semaine, l'homélie ou houssoyo de cette heure sus-mentionnée, contient le passage suivant :

«Seigneur... exaucez-nous qui vous prions en ce moment pour vos serviteurs et vos servantes {les fidèles hommes et femmes), qui sont ici présents devant vous, et qui participent à la prière dans ce temple de votre Majesté glorieuse»[55].

 

75. — Le texte de la Didaché, contemplé précédemment, est digne d'être reconstitué ici à la lumière des données traditionnelles précédentes. Il y est indiqué, en effet, que le vendredi et le mercredi, à l'inverse de la pratique juive, seront des stations de jeûne pour les chrétiens, sans expliquer toutefois ni pour l'un ni pour l'autre, les raisons qui ont motivé ce choix. Or, par d'autres sources traditionnelles, mais moins primitives (St Justin, et les Constitutions Apostoliques déjà citées, par exemple), nous savons que le vendredi a été choisi précisément pour commémorer la mort du Seigneur. Cette même raison doit valoir pour le choix du mercredi en l'honneur de la Sainte Vierge. En fait, les deux pratiques ont dû s'organiser tout d'abord dans les sanctuaires de Jérusalem, et ce n'est qu'avec le temps (surtout avec la reprise ouverte du cours des pèlerinages aux Lieux Saints à partir du IVe siècle) qu'elles ont été répandues et généralisées, d'abord en Syrie et Palestine, ensuite dans les autres régions plus éloignées de Jérusalem. En fait, même le vendredi n'a pas été toujours et partout célébré par un service liturgique en dehors de la Palestine. Du moins, nous manquons de témoignages là-dessus avant le IIIe siècle[56].

Il semble donc plus naturel de penser que l'institution primitive de ces deux jours ait commencé là où ont eu lieu les deux événements qu'ils commémorent.

A l'inverse de ce que l'on pourrait supposer spontanément, l'office syro-maronite dans son cycle hebdomadaire n'a pas débuté par l'ordonnance de certaines prières déterminées pour chaque jour, mais les prières et les synaxes acquises par tradition séculaire, se sont imposées à l'or­donnance quotidienne et y ont été distribuées. En ce sens, c'est l'ensemble constitué par les idées-bases de la célébration dominicale, ensuite par celles du vendredi et du mercredi qui a été adopté encore pour la sanctifi­cation de chaque jour férial, a été distribué entre les différentes heures canoniales, et entre les différentes pièces qui constituent ces heures.

 

76. — Si le mercredi, comme jour mémorial de la Ste Vierge, n'avait pas joué (— au moins dans l'Eglise syro-antiochienne) un rôle prépondérant dans la préparation du matériel — ou mieux des éléments constitutifs — de la prière officielle ecclésiastique, on ne comprendrait vraiment plus la portée et la valeur des termes emphatiques que l'on retrouve dans presque toutes les strophes dédiées à la Vierge Marie, et distribuées un peu partout dans tous les offices des féries.

Elles ne peuvent provenir que de l'accumulation de cantiques et louanges, faits primitivement pour être employés dans la synaxe d'un seul jour consacré exclusivement — autrefois — à un seul thème: celui de la mémoire «dies obitus» de la Sainte Mère de Dieu. A titre d'exemple, nous rapportons la strophe suivante: «Au jour de mémoire de la Bénie (où se fait la mémoire de la Bénie), les anges et les humains sont remplis de joie; les os des justes à l’intérieur des tombeaux exultent à cause de la louange qui se fait dans la création. Et quiconque, avec foi, célèbre Sa mémoire, Dieu bénira ses œuvres et les grâces (les miséricordes) seront sur lui»[57].

On pourrait se demander, cependant, comment il se fait que la liturgie de l'office melchite consacre à la mémoire de la Sainte Vierge les vêpres du Samedi, alors que toutes les autres églises de descendance syro-antiochienne sont d'accord sur le choix du mercredi.

Cette coutume semble avoir été lancée par l'église de Byzance où l'on commença à appeler le samedi «le dimanche de Marie»[58].  Mais en fait, dans les offices hebdomadaires des melchites conservés en manuscrits syriaques d'avant le XVIe siècle, c'est l'ordonnance commune à toutes les autres communautés syriennes que nous y retrouvons.

Ce n'est donc qu'au XVIIIe siècle que l'ordonnance liturgique byzantine a été définitivement adoptée par les syriens melchites (appelés ensuite les grecs melchites).

Le Patriarche Euthyme II Wehbé, plus connu par « ibn-Karmah » (1634) prit l'initiative d'introduire l'usage de l'arabe à la place du syriaque. Néanmoins le Patriarche Macaire (1647-1695) affirmait encore : «Nous nous servons des deux langues grecque et syriaque dans nos églises et dans nos maisons»[59].

Et lorsque les religieux chouérites de St Jean (grec-melchites) fondaient leur congrégation au début du XVIIIe siècle ils se servaient du syriaque dans leurs prières et leurs cérémonies religieuses[60].

Ainsi la langue et les rites syriaques persistèrent longtemps encore avant de s'éclipser devant les rites byzantins traduits en langue arabe, dans le patriarcat melchite d'Antioche, comme preuve de sa soumission à l'égard de celui de Constantinople et de sa communion de foi avec lui[61].

Malgré tout, l'ensemble de l'office melchite du Samedi est resté, comme chez les autres antiochiens, consacré à la mémoire des Trépassés.

 

77. — Les offices des autres jours de la semaine, introduits tardivement (— par rapport aux trois offices que nous venons de mentionner —) dans le cycle hebdomadaire, ne sont en réalité qu'une fusion de caté­gories spéciales de prières déjà existantes et en usage à certaines époques déterminées, en vue de parachever pour ainsi dire le «temporal» litur­gique de la semaine.

En fait, même les offices du dimanche, du vendredi, et du mer­credi, ne peuvent être considérés en rigueur de termes, comme des offices propres de la Résurrection, de la Croix, ou de la Sainte Mère de Dieu exclusivement. Au moins dans l'état actuel de leur constitution, chacun de ses offices forme à lui seul un tout complet, je dirais un cycle achevé. Tous les mystères chrétiens s'y trouvent plus ou moins mentionnés. Toute la vie du Corps Mystique s'y déroule en miniature devant nos yeux.

Les pièces essentielles et primitives de la prière communautaire chrétienne sont répétées dans l'office de chaque jour: ainsi les psaumes habituels du matin et du soir, les introductions, les mémoires de la Vierge, des Martyrs et des Trépassés.

Il y a là certainement un problème bien compliqué où la systémasation historique au cours des quatre ou cinq premiers siècles a joué un rôle important à côté de celui rempli par la personne qui y a mis la dernière ordonnance restée définitivement comme cachet spécial du bréviaire  syro-maronite.

Son étude nous amènerait à une investigation très longue et laborieuse qui dépasserait les limites de notre dissertation.

 

78. — Du patrimoine de prières «officielles» ecclésiastiques, léguées par les premiers siècles dans le riche répertoire des trois jours de réunion communautaire par semaine, les milieux ascétiques avaient puisé des motifs multiples qui, en les exploitant, procurèrent des pièces suffisantes pour alimenter et constituer les heures canoniales de toute une journée nous avons de justes raisons de croire que ce fut tout d'abord un dimanche.

Car, comme il a été indiscutablement le premier jour célébré par un office le matin et le soir, il est naturel de supposer, que sous l'empire et l'évolution des circonstances historiques qui ont accompagné le développement du christianisme, il a été aussi, avant tout autre jour de la semaine, célébré par une suite ordonnée d'heures canoniales.

Le cycle de prières quotidiennes qui s'ensuivit pour toute la semaine, est donc à considérer, grosso modo, comme un développement du cycle quotidien dominical.

Cette opinion est certainement applicable au cas du bréviaire syro-maronite dont la structure est complètement différente des bréviaires formés principalement dans des ambiances monacales ou sous leur influence prépondérante, comme c'est le cas du bréviaire latin.

Assurément, l'intervalle de sept jours permet d'envelopper plus d'idées, de catégories de prières, que ne le peut un intervalle de 24 heures.

C'est pourquoi, nous constatons par exemple, que les offices qualifiés par nous de formation tardive sont proprement orientés à représenter au sens large du mot, l'office commun des anges (le lundi), le commun des apôtres (le jeudi), le commun des trépassés (le samedi), etc… C’est-à-dire à développer les «topica» rappelés peut-être hâtivement, dans l'office du dimanche.

 

79.   — Mais à part cette orientation générale, l'on peut y découvrir à: côté, un autre groupe d'idées propres à chaque jour de la semaine.
Le lundi, par exemple, c'est le rappel de la pénitence avec la mémoire du second jour de la création
[62], le jeudi on retrouve des allusions nombreuses sur la création des oiseaux et des reptiles[63], le vendredi la création de l'homme et la mémoire des martyrs dont le Prototype reste à jamais le Christ Crucifié[64].

Nous nous sommes abstenus de qualifier de manière spéciale l'orientation propre à l'office du mardi, parce que, dans les anciens offices des melchites, ce jour est consacré à St Jean-Baptiste[65], tandis que chez les maronites, actuellement, il reste acéphale, malgré le rappel des œuvres du troisième jour de la création qu'on y fait dans un «Boout» du matin[66], et malgré le thème spécial que certains veulent lui recon­naître comme jour consacré à la Sainte Trinité, dont il serait le sym­bole[67].

A part cela l'on constate facilement que dans ces offices tardifs l'influence des habitudes monacales est très sensible, surtout dans les offices de la nuit[68].

Mais elle a su cependant s'accommoder intelligemment à l'ordon­nance de l'office ecclésial primitif, sans créer une rupture violente avec les traditions anciennes, ni encore y substituer des traditions élaborées principalement dans des milieux monastiques.

 

80.   — De plus, il est utile de remarquer que l'insertion de ces offices tardifs (= relativement) dans le cycle hebdomadaire, a permis au bré­viaire syro-maronite d'inclure en lui-même le propre des Saints et proportionnellement le Temporal de l'année, qui autrement auraient déclassé le «Temporal de la Semaine» et s'y seraient substitués avec l'écoulement des âges.

Que l'office divin ecclésial «semainier» y ait résisté encore, est une preuve évidente en faveur de la sagesse de son actuelle ordonnance hebdomadaire.

Cependant, il faut bien le reconnaître aussi, cette extension des groupes d'idées du bréviaire syro-maronite jusqu'à envelopper prati­quement les deux cycles du Temporal de l'année et du Sanctoral, n'est point aussi visible ni aussi parfaite que dans l'ordonnance quotidienne, qui consacre à chaque groupe d'idées une période en prose, ou la strophe d'un cantique ou un nocturne entier pour ne constituer après tout cela, qu'un  «Temporal de la Semaine»[69].

Toutefois, chaque idée ou projection renforce l'autre, et l'on pourrait dire que ce cycle hebdomadaire, au lieu d'être le déroulement de plusieurs prières le long de sept jours de la semaine, est une reprise variée, une prolongation, en termes nouveaux, des groupes d'idées contenues dans chaque heure de l'office du dimanche: celui-ci aurait subi naturellement l'influence des synaxes du vendredi et du mercredi; mais, comme nous le supposons, il les aurait précédés dans l'ordonnance complète de ses «heures» ou stations.

Tel qu'il se présente à nous aujourd'hui, le Bréviaire peut ne pas être considéré comme un cycle de prières qui se complètent dans l'espace de sept jours, mais le cycle des «heures canoniales» d'un dimanche qui se projettent respectivement sur celles des autres jours de la semaine.

 

81. — Après avoir ainsi exposé l'ordonnance hebdomadaire du bré­viaire syro-maronite, nous pouvons maintenant chercher à comprendre le vrai sens de son étymologie. On l'appelle Sh'himto ou Schihimo pour signifier le simple ou l'ordinaire.

Nos liturgistes syro-orientaux[70] exposent couramment le sens purement superficiel de cette dénomination. Il est simple et ordinaire par rapport aux autres livres d'office contenant soit les euchologies liturgiques (seigneuriales ou sanctorales) soit celles de la Quarantaine ou de la Semaine Sainte: événements périodiques dont les offices se distinguent de ceux qui se répètent hebdomadairement.

Cela pourrait justifier l'appellation d'office ordinaire, mais vraisem­blablement pas celle d'office simple ou de bréviaire «breviarium» tout court qui serait plus exactement le corrélatif latin du mot syriaque.

La présence de nombreux manuscrits comprenant les recueils de la plupart, pour ne pas dire de la totalité des prières (rythmées générale­ment) de notre bréviaire, en séries cataloguées et non point dans l'ordre qu'elles occupent actuellement[71], nous autorise à croire que l'office hebdomadaire a été pratiqué antérieurement avec l'aide de plusieurs volumes ou de plusieurs collections de chants et compositions poétiques, de lectures bibliques, dont on choisissait, jour par jour, celles qui conve­naient.

C'était naturellement trop compliqué, et le nombre de volumes et de recueils embarrassants devait empêcher les non-initiés d'en user facilement.

 

82. — Les «Beith-ghazo» (c'est le nom syriaque de ces recueils) ont donc donné lieu à la composition d'un Bréviaire, ou d'un livre simple contenant, bien en ordre, les prières indiquées pour toutes les heures d'une journée et ensuite de tous les jours de la semaine.

Donc d'abord sous forme de liste sommaire «per capita et tonos», ensuite comme manuel contenant les textes complets des pièces requises pour chaque heure, et chaque jour. L'apparition du Schihim au VIIe siècle n'a point supplanté de suite les Beith-ghazo qui ont continué dans l'usage public plusieurs siècles encore, surtout chez les syriens (jacobites). Leurs traces chez les maronites sont perdues depuis longtemps, mais on ne peut, à bon droit, nier qu'ils s'en soient servis jusque vers le Xe siècle, puisqu'il ne faut point oublier que, comme conséquence de la destruc­tion du monastère de St Maron sur l'Oronte en Syrie, nous manquons des plus précieux monuments de l'histoire liturgique et nationale des Maronites[72].

C'est là en tout cas une justification plausible du mot «Schihimto» ou Bréviaire des sept jours de la semaine. Dans la récitation pratique chez les melchites le correspondant du Schihimto est appelé «Horologion» ou «Saouaya» = السواعية, mais le contenu et l'ordonnance de l'un et de l'autre diffèrent beaucoup.

L'on peut donc croire que le Schihim a été ainsi appelé d'abord parce qu'il contient la «somme» ou la «crème» des prières pour toutes les heures quotidiennes, tandis que les autres livres n'en contiennent que les grandes heures (par ex. le Tedmourto) ou les offices des fêtes seigneuriales, ou des dimanches en général.

Notre Bréviaire, dans sa structure actuelle, a, comme base de constitu­tion, le cycle quotidien des heures, et non plus un temporal d'année, ni proprement un cycle hebdomadaire! C'est là peut-être la clef de toutes ses déficiences. Un retour modéré au cycle «semainier» — dominical pourrait être bien le point de départ de son éventuelle réforme et réha­bilitation. L'office latino-romain est divisé rationnellement et organisé en fonction d'une récitation par individus ou groupes spéciaux de fidèles, et jouit d'une systémasation rationnelle de ses matières. Quand nous voulons repérer la même systémasation dans notre office sacerdotal syro-maronite, composé en fonction d'une récitation principalement commu­nautaire au sens plein du mot, nous nous trouvons devant une difficulté insurmontable.

Que pourrions-nous alors invoquer en faveur de l'unité entre les pièces qui constituent notre Office Divin actuel?

Laissant de côté la ligne d'orientation déterminée que lui aurait procurée la lettre de l'Écriture Inspirée (psaumes et lectures dans l'office latin), mais s'alimentant toujours à cette source, d'autre part, s'étendant à tous les points doctrinaux reconnus et développés par la théologie dogmatique du VIIe siècle, pour dispenser ainsi la plus importante partie du dépôt de la foi, il en est résulté un amalgame difficilement assimilable, si une idée-base n'y survient pour embrasser et soutenir tout cela, pour le relier, l'ordonner et le diriger vers un but compris et lumi­neux, pour lui donner enfin unité et vie.

Il va sans dire que jamais bréviaire d'office divin ne pourra bénéficier de l'atmosphère des traités modernes de théologie dogmatique ou ascé­tique que l'on met à jour périodiquement, car la vie a toujours échappé à l'emprise des méthodes trop rationnelles.

Vouloir l'y réduire, c'est vouloir l'étouffer. Or le livre d'office divin syro-maronite, saturé de sentiments et d'imagination beaucoup plus que de développements méthodiques du dogme révélé, s'adapte mieux à la vie qu'à la logique, et vice-versa, il se prête moins à la récitation indi­viduelle qu'à la célébration communautaire.

 

84. — Il n'en est pas moins vrai que la multiplicité des auteurs, des matières, de finalités immédiates pour chaque strophe, y occasionne un beau désordre, et une confusion déconcertante.  Mais la fonction médiatrice de celui qui le récite (— actuellement en privé le plus sou­vent! —) y fait retrouver en sa personne sacerdotale l'unité des sujets les plus différents. Ce n'est pas pour rien que le mode de célébration originel, incluait nécessairement des rites complémentaires (encens, chant, répartition des pièces entre plusieurs groupes ou individus) qui caractérisaient primordialement une «prière officielle de la communauté ou assemblée locale des chrétiens présidés par leur hiérarchie».

Cette finalité peut encore se réaliser aujourd'hui malgré la prédo­minance de la récitation individuelle, en s'appliquant en toute con­viction l'aspect théologique de la personne «sacerdotale», (donc mé­diatrice) de celui qui le récite et qui, de ce fait, rassemble en lui-même les sujets physiques le plus éloignés entre eux.

C'est au médiateur en effet qu'il appartient de réconcilier en lui-même d'abord les extrêmes séparés, de coordonner en sa propre personne les courants et les idées, les formules et les rites de la prière officielle qui ont le plus de bigarrures.

Dans la célébration individuelle (dite privée) du bréviaire syro-maronite, quelle que soit la façon dont il est réduit et abrégé, pourvu qu'il ne perde pas sa couleur typique de livre composé pour l'usage d'une assemblée, le bonheur et la joie d'accomplir une obligation sem­blable restent l'apanage du Prêtre médiateur, c'est-à-dire, de celui qui sait se rendre conscient de la présence mystique de tout le groupe de fidèles qui lui sont confiés, et qui prient en lui, par lui et sous sa prési­dence, «une prière officielle célébrée hiérarchiquement et sous le signe du Christ-Dieu».

 


[1] Cfr. Manucci-Casamassa : « Istituzioni di Patrologia », vol. II, p. 91 (Rome 1950, édt. IV): «...Sarebbe pero erratô stimare l'esegesi antiochena corne del tutto, letterale e pédestre alla stregua di quella usata dai giudei, mentre oltre al senso letterale ritenuto nel suo vero valore, gli antiocheni riconoscevano e anzi corne reale, il tipico, specie nel rapporto del Vecchio al Nuovo Testamento, corne in Gristo oltre l'umanità, veneravano la divinità.

In tal guisa, tenendo la giusta via tra letteralismo e allegorismo, fondarono la giusta ermeneutica biblica délia quale non solo il Medio evo,  ma anche noi viviamo».

A ce propos, il est étonnant et significatif à la fois, que ces mêmes auteurs aient retenu dans leur 1er vol. (Rome 1948, p. 212) le texte suivant: «L'essenza di taie scuola (= antiochena) si riconosce oggi con tutta verità in un metodo storico di esegesi biblica, la quale si atteneva strettamente alla lettera del sacro testo, senza abbandonaria mai, neppure nell'interesse d'una superiore considerazione per es. tipologica, del rapporto fra Vecchio Testamento...» (!)

[2] Sur l'École d'Antioche, on peut consulter avec beaucoup de profit, l'œuvre de G. Bardy: Lucien d'Antioche et son Ecole (Recherches sur...) 1936, et l'art, de A.
Vaccari Luciano di Anliochia» in Enciclopedia Cattolica 7, 1625 ss (Città del Vaticano 1958 ss); cfr. aussi J. Lebon: Le monophysisme sévérien. Louvain 1909. Item Harrent:
Les Ecoles d'Antioche. Essai sur le savoir et l'enseignement en Orien au IV* siècle- après J.C. Paris  1898.

Sur l'influence de la Patristique en général voir: Lalanne, Influence des Pères de l'Église sur l'éducation publique pendant les 5 premiers siècles de l'ère chrétienne. L’Eglise sur l'éducation publique pendant les 5 premiers siècles de l'ère chrétienne. Paris, 1850.

 

[3] Cfr. Manucci-Casamassa, op. cit. II, p. 134 et I. Armalé dans son art. du «Mashriq» 1936 pp. 477-508. Enfin J.A. Jungmann, Missarum Solemnia, trad. esp. B.A.C. 2 a éd. 1953, p. 71-72, N° 46 et 47: «...no cabe dudade que la Hturgia de la Iglesia primitiva en Palestina no estaba redactada en griego, sino en arameo, y el arameo respettivamente el sirio, fué tambien la lengua de aquella Hturgia... siro oriental... Al pequeno grupo que no es monofisita le llaman maronita...

[4] «Le christianisme a également réveillé les éléments nationaux de l'Empire romain, provisoirement assoupis au milieu de l'hellénisation générale: il les a rappelés à la vie». Cfr. D. Casper in MsD N° cit. p. 92.

 

[5] «...per questo riguardo — disent Manucci-Casamassa. — essa (= scuola di Edessa) s'awicina alla scuola antiochena a segno che alcuni fanno dell'una e del-l'altra un sol gruppo siriaco, chiamando quella siro-orientale, questa siro-occidentale. — ...Pur volendo prescindere da ciô, restano notevoli le relazioni storicamente dimos-trabili tra i piu antichi scrittori délie due scuole». Gfr. Hyeron. De viris illustribus, c. 91, Manucci-Casamassa Istit. di Patrol. II, p. 134.

[6] «Ephraem, Edessenae Ecclesiae diaconus, multa Syro sermone composuit et ad tantam venit claritudinem, ut post lectionem Scripturarum, publiée in quibusdam ecclesiis ejus scripta recitentur...» cfr. Hyeron. De viris Illustr. c. 115 P.L. 23, 746/747. Cfr ce qu'en dit Théodoret de Cyr dans son Ecclesiastica Historia 1. IV M.G. 82/190.

[7] L'introduction des Houssoyos date sûrement de la fin du IVe siècle, puis­qu'elles se retrouvent dans les offices des nestoriens quoique moins nombreuses que dans les offices des Jacobites, melchites et maronites : signe évident qu'au moment de la | séparation des nestoriens l'usage des houssoyos n'avait pas encore eu l'envergure et l'importance que lui attacheront les offices ou bréviaires composés sous le signe des discussions et des hérésies des V, VI, VII et Ville siècles. Littéralement la «slouto d'houssoyo» devait se traduire en «prière du pardon». Mais ce sens ne correspond qu'à une partie seulement du contenu de cette pièce. Notre traduction est plus com­plète parce que plus réaliste. Les érudits d'ailleurs ne sont pas d'accord sur la déter­mination précise de ces «Houssoyos». Cfr. J. Melamparampil: «Sedro», A liturgical Frayer of the Syro-Antiochene Rite, Dissertation pour le Doctorat (inédite) Rome 1954, Inst.  Oerientalium Studiorum.

Pour être plutôt un développement doctrinal en forme de prière, le «Houssoyo» dans la liturgie syro-maronite, est, d'après nous, une «Homélie» ou bien une instruction parénétique sui generis. L'encens qui l'accompagne parfois, tandis que le soliste le chante, invite la Communauté à se recueillir pour méditer avec beaucoup d'attention ce qu'on entend, et à s'unir en esprit à l'encens lui-même qui envahit l'autel, les icônes, le clergé et les fidèles, et s'élève paisiblement vers le trône de l'Éternel!

 

[8] Cfr. à ce sujet l'intéressant rapport de M. Kugener «.Remarques sur les traductions syriaques des formules grecques», in Revue de l'Orient Chrétien. Rev. Trimestr. N° 1,  Paris 1900, pp. 155/160.

 

[9] Nous considérons donc que l'époque de cette première phase d'élaboration du Bréviaire de l'église syrienne (et non pas simplement de l'office divin qui y est aussi vieux que le christianisme), à base de cantiques antiphonés et de houssoyos, s'étend de 350 à 400 ap. J.C. approximativement. Les Constitutions Apost. vers l'an 400 nous en donnent déjà plusieurs exemples schématiques au liv. VIII ch. 35/39.

 

[10] C'est ainsi que nous repêchons plusieurs compositions patristiques (Ephrem, Balaï, Isaac le Grand, Jacques de Saroug, etc..) seulement dans les pages du Bréviaire. Et c'est ce qui explique, d'autre part, la surabondance de 3 ou 4 strophes, que l'on rencontre souvent dans le Bréviaire (à certains cantiques ou Madrosché) et qui ne se chantent pas faute de verset psalmodique correspondant. Ils y sont conservés comme partie intégrante de l'antique original de crainte qu'elles ne se perdent à jamais. G. Fransen, in QQ_.LL. et Past. 1951 p. 204: «...Croit-on que les anciens étaient aussi sévères que nous à ce point de vue (de la récitation intégrale)... sans qu'une omission quelconque puisse se justifier...?»

[11] J.H. Strawley, The early History of the liturgy, Cambridge 2 éd. 1947, University Press, dit notamment (pp. 100-101): «...we can recognize from our sources the existence before the end of the fourth century of characteristic features of the Syrian rite. Such are:

     1) The form of salutation at the opening of the Anaphora «The grâce of our Lord...» as constrasted with «The Lord be with you» which latter is found in the Egyptian and Roman rites.

     2) The eue which is taken up from the Sanctus in the long Eucharistie prayer «Holy art thou...» whereas in the Egyptian rites the eue is taken from the worlds «full is heaven and earth...

     3)...the actual phraseology in the Eucharistie thanksgiving of Apos. Constitut. when compared with the quotations of Chrysostom and with the liturgy of St James, exhibits certain parallels in language and ideas which suggest that this portion of the rite was already beginning to acquire a stereotyped form».

Cela est aussi vrai pour plusieurs pièces de l'office divin férial.

[12] Cfr. P. Hindo, Disciplina Antiochena Antica, in Codif. Canon. Orient. Fonti, série H, fasc. XXVIII Siri, p. 422 et 425 ss.

[13] Voir sur cette question le résumé des différentes opinions chez Righetti M. Sioria Liturgica, V. II  Milano  1946, pp. 416/417.

 

[14] Cfr I. Cor. 15, 13-20: «Si... Christus non resurrexit, inanis est fides vestra ... Resurrexit a mortuis, primitiae dormientium».

 

[15] Cfr. Joan 6, 39-59 : «...Resuscitem illud in novissimo die... resuscitabo eum in novissimo die... Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem... et ipse vivet propter me... vivet in aeternum; et panis, quem ego dabo caro mea est pro mundi vita... ut si quis ex ipso manducaverit non moriatur... -Nisi manducaveritis... non habebitis vitam in vobis...» — Eucharistie et Résurrection vont donc de pair. Il n'y a pas lieu de discuter si la réunion dominicale était liturgique (= euchologique) ou eschatologique.

 

[16] Nous croyons que l'ordonnance des offices actuels de la Semaine Sainte «Haché» s'est inspirée de celle de la Semaine ordinaire qui avait commencé d'abord par les offices du dimanche, vendredi, mercredi, pour s'étendre ensuite à tous les jours restants. Cette restriction ne doit pas s'entendre cependant du jeûne de la semaine sainte qui est attesté depuis le IIIe s. dans l'Ep. de Denys d'Alexandrie à.Basilide (RG. X., col. 1277). Cfr. Bâumer, Histoire dn Brév. I, p. 86 note 1.

[17] Hebr. 3,1 : «Considérate... pontificem confessionis nostrae Jesum...» — Cfr. l'homélie ou Houssoyo de la Ille station de la nuit du mercredi et du vendredi, et l'oraison ou collecte de l'encens de sexte du lundi : « grand pontife céleste » . . .  «grand prêtre de notre confession»  . . . .

 

[18] cf. station de la nuit du vendredi.

 

[19] Le dimanche, vendredi et mercredi, cfr. Cas. Sanchez A. op. cit. p. 35, item Bàumer, op. cit. I, 86/87. Duchesne, Origines du culte chrétien, Paris 1925, p. 241/245.

 

[20] Cfr. Dom Besse : Les Moines d'Orient antérieurs au Concile de Chakédoine, Paris Oudin   1900, pp.  340 et 55.

[21] l.H. Dalmais dit à propos du sanctoral dans l'office latin:

«Corps étranger qui n'a pas réussi, après dix siècles, à trouver une place convenable dans la prière des heures». — Cfr. art. cit. in MsD. p. 37. La dévotion à des saints en particulier a été pour ainsi dire une initiative privée, locale et peut-on dire non officielle, même lorsqu'elle était célébrée dans les Églises cathédrales avec participation de la Hiérarchie. Officiellement, les saints et les martyrs ont, chaque jour, leur part dans l'ensemble des offices divins. Il était donc superflu d'y ajouter encore des offices spéciaux, et tout un sanctoral qui absorbât l'euchologie hebdomadaire pour lui substituer une autre conçue bien différemment. Les prières, que nous appelons officielles, se concentraient directe­ment sur le Christ, celles du sanctoral se déviaient vers les saints et ne s'adressaient au Christ qu'indirectement et de loin (remote). En pratique, les indications du calendrier ne signifient donc que la commémoration d'un saint avec parfois une séquence à la messe, et un changement correspondant dans les lectures de l'Évangile et des autres livres bibliques en usage. Cfr. item MsD. art. cit. p. 91/92.

 

[22] C'est le moment de méditer à nouveau ce texte fatidique de St Paul dont l'importance est fondamentale dans ces pages: «Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est donc vaine, vous êtes encore dans vos péchés, et partant... nous serions les plus malheureux des nommes» (Cfr. I, Cor. 9,   17/19).

[23] Cfr. les remarques de R. Simon P. sur l'office maronite : in Voyage au Mont Liban par Dandini, trad. franc. 1685, p. 368, 362/373, remarques sur le ch. XXV: Leur manière de prier les saints.

[24] D'ailleurs les plus anciens manuscrits connus sur les offices divins des maronites sont ceux de la semaine «Schihimo», et «Haché», c'est-à-dire le bréviaire hebdomadaire et le Passional de la semaine sainte.

 

[25] Sur ces deux recueils d'offices du sanctoral, voir plus bas la notice que nous en donnons en détail.

[26] C'était du moins la coutume de l'église syro-melchite, et elle l'est encore en partie chez les syriens catholiques. Cfr. I. Armalé, art. cit. in Maschriq 1936, p. 521/522, idem: At-Torpha fi Makhtoutat... ou Cataloque des Mss. de Scharfé, p. 84.

 

[27] C'est la matrice des lectures à faire entre le Houssoyo des vêpres et le Boout de St Jacques. On l'appelle en arabe «Kira'at» ou recueil des lectures. Il correspond donc exactement au lectionnaire de l'Église latine. Conservé comme ma­nuscrit dans quelques églises, il a été cependant édité, après remaniement, par les moines maronites à Kozhaya en 1841, et approuvé par le Patr. Jos. Pierre Hobeiche. A l'exception des offices de Carême et de la Semaine Sainte, ces lectures ont lieu, une seule fois par semaine, aux vêpres du dimanche. D'après l'édition de 1841, les lec­tures sont précédées par le synaxaire; on y assigne ensuite trois lectures tirées de l'Ancien Testament, et deux autres du Nouveau. La quatrième est choisie soit des Actes des Apôtres, soit des épîtres catholiques, la cinquième est toujours de St Paul. On couronne le tout par la lecture solennelle de l'Évangile assigné à la Messe du lendemain, puis on reprend l'ordonnance des vêpres dans le Bréviaire. D'autres lectures évangéliques éventuelles se trouvent au Rituel. Au carême, les lectures ont lieu quotidiennement une fois par jour, pendant toutes les fériés des six semaines de la Quarantaine. Un lectionnaire manuscrit (Codex Orient. VII de la Bibl. Palatino-Medicaea de Florence) contient une série de lectures choisies dans la Genèse (17 lectures) pour le temps de Carême, suivies chacune de commentaires extraits des Pères de l'Église Syriaque. Une autre série de 20 lectures tirées de l'Exode est consacrée aux fêtes seigneuriales, mariales et apostoliques. La version arabe est faite sur la Peschitto et les lectures y sont distribuées pour être lues aux Vêpres et au Matin. Cfr. Steph. Ev. Assemani, Biblioth. Palatino-Medicaeae cod. manuscr. orient. Catalogus (1742) p. 54.

En semaine sainte, cinq lectures sont assignées aux heures suivantes du lundi mardi et mercredi: Vêpres, 1ère, 2ème et 3ème stations delà nuit, Office du matin, et Tierce.

Les Jeudi et Vendredi Saints ont en plus cinq lectures pour Sexte et cinq autres pour None.

Pour l'Office de Pâques, des lectures sont assignées aux Vêpres, à la Prière de l'Absolution صلاة الغفران et au IVe nocturne seulement.

Les lectures continuent quotidiennement une fois par jour aux Vêpres jusqu'au dimanche in Albis, pour reprendre ensuite leur cours normal de dimanche en dimanche, en admettant éventuellement le surplus de lectures prévues pour les fêtes seigneuriales.

Quand les lectures doivent se faire dans plusieurs heures canoniales, c'est autant de fois qu'on lira des passages choisis dans St Paul et les Actes, et autant de triples lectures de l'Ancien Testament. Malheureusement, ces lectures sont négligées, trop souvent même dans la célébration publique, puisqu'elles sont catégoriquement écartées dans  les récitations privées!

[28] Nous ne trouvons pas, à ce propos, des expressions meilleures que celles qui suivent, tirées de l'art, de MsD. (21, 1950, pp. 60/70) sur l'office divin et la lecture
divine: «Quand la récitation privée s'introduisit (chez les latins — mais c'est aussi vrai pour les autres communautés chrétiennes —) une modification s'avéra nécessaire.
La structure de l'office ne fut pas altérée, les heures gardèrent la même composition...
Mais les lectures (bibliques et patristiques) firent les frais de ce changement».

«Si de telles difficultés sont parfois ressenties, cela ne vient-il pas de ce que les textes du Bréviaire... sont isolés de leur milieu vivant? Et la solution n'est-elle pas de les réintégrer dans le contexte qui leur donne toute leur valeur et tout leur sens?... La récitation du Bréviaire, pour n'être point fastidieuse et devenir réellement bien­faisante, exige d'être complétée par la lecture de l'Écriture Sainte... Préparé par une lecture qui soit à la fois une étude sérieuse et une méditation savoureuse de l'Écriture Sainte, le Bréviaire gagne en intérêt. Il met continuellement l'esprit en appétit de lire la Bible, et la Bible entretient dans l'âme le désir du Bréviaire».

[29] Cfr. P.G. X,   1377, Bäumer, op. cit. I, 86 ss.

[30] Constitutiones Apostolorum, éd. Funk, Paderbornae 1905, chap. 33, p. 539.

[31] Le Passional a été édité à Jounieh — Liban — en 1902 sous le titre de Livre des Passions Rédemptrices»... Sur sa célébration voir «E. Phares: La Semaine Sainte au Liban», Paris   1900, Imp. Havraise (39 pp.).

[32] Cfr.   Assémani,   Catal.  Vat. Syr.  III, p. 519.

[33] Vat. Syr. 235 (de l'année 1426) déficient de quelques offices, et Vat. Syr. 401   (de l'année   1521).

[34] Cfr. Jos. Hobeika : at-touqouss al-marouniat at-tischmischt dans Rev. Risalat as-salam, juin 1928, et refondu et complété dans Maschriq, 1955 Janvier-Avril, pp. 55-72 et 173-184. Il rappelle qu'un service de prière en l'honneur de l'archange Michel est conservé dans le manuscrit de Serhel, aux archives patriarcales de Bkerké, daté de l'an 1279  (ib. pp. 58-59).

[35] Cfr. l'art, de Philippeau H.R. : Les lectures du Bréviaire dans les Ques. Lit. et Par. 32  (1951), p. 257.

[36] Nous nous limitons donc, dans ces pages, à l'époque qui va du IVe au VIIe siècles. Nous ne nous référerons aux siècles antérieurs que pour la clarté de l'exposé, puisque c'est l'ordonnance de l'office déjà systématisé chez les syriens qui nous intéresse maintenant et non plus ses premières traces ou manifestations soit en Orient soit en Occident.

[37] Ce que nous avançons là doit s'entendre seulement de la «prière officielle» de la communauté, et non de sa dévotion spéciale envers la Sainte Vierge qui, natu­rellement, est beaucoup plus primitive. A moins qu'on ne veuille admettre avec les liturgistes latins, qu'en tant qu'il rappelle le début de la Passion et la trahison de Judas, le mercredi fut célébré par un office propre en même temps que le vendredi. — Cfr. G.S. Aliseda, El Bréviaro... p. 38. Pour notre office, et pour ceux des syriens, le mercredi n'a aucune relation, à proprement parler, avec la Passion ou la trahison... Il est tout consacré à la Yoldat Aloho: la Mère du Seigneur... L'autre déduction, d'ailleurs, ne repose que sur une prémisse à priori : que chaque jour de jeûne devait avoir son office divin. Or le mercredi est attesté seulement comme station ad jejunandum. A ce sujet Tertullien remarquait au ch. X de son De ieiunio (P.L. II, 966) que Pierre alla au temple à l'heure de None, mais cela ne prouve pas qu'il y eût station... Il ajoutait cependant :

«Non quasi respuamus nonam, et quarta sabbati, et sexta plurimum fungimur». Et il demandait incessamment aux romains catholiques qu'ils en indiquassent la raison:

«sed quia eorum quae ex traditione observantur, tanto magis dignam rationem afferre debemus quanto carent Scripturae auctoritate...  (P.L. 2, 967).

 

[38] Cfr. Fred. Calley c.f.m. cap. Praelectiones Historiae écoles, antiquae. Romae 1944 (Coleg. Prop.) p. 238.

 

[39] Cfr. Hindo P. Codif. Can. Orient, op. cit. les textes p. 197, item Justin, Apol. I, 67: «Die autem solis omnes simul convenimus, tum quia prima haec dies est qua Deus... mundum creavit, tum quia Jésus Christus Salvator noster eadem die ex mortuis resurrexit». Le nom «Hadbschabo» serait exactement l'équivalent de «Una sabbati» ou «Prima Sabbati». Cfr. I. Cor. 16, 2: «Per unam sabbati unusquisque vestrum apud se reponat...» et Act. 20, 7: «Una autem sabbati cum convenissemus ad frangendum panem... et Mt. 28, 1.

[40] Cfr. édit. de Jounieh  1935, Schihimto, pp. 50-52.

[41] Cfr.  l'édit. arabe de P. Fahd,  p.  62.

[42] Dans les homélies catéchétiques de Théodore de Mopsueste, éditées récem­ment par R. Tonneau, Vaticano Studi e Tesli, N° 145 (année 1949), le réalisme eucharistique est impressionnant par sa relation avec les détails de la Passion et Résurrection du Sauveur. Le Christ à l'autel se rend présent et s'approche des fidèles comme en apparition et leur annonce sa Résurrection lorsqu'en communion ils le reçoivent.  (Cfr. Homélie 16 n° 26 — II sur la messe").

[43] Cfr. D.L. Reaudouin, dans MsD. (21) p. 76, item Cas. Sanchez Aliscda op. cit. pp. 34-35 : «Parece ser que en los primeros tiempos era el domingo el unico dia liturgico. Se sanctificaba con el descanso de obras serviles y con la celcbracion. Poco a poco al domingo fué el nucleo alrededor del cual se fuê desarrollando la semana liturgica. ...En esta fecha (IVe s.) ya es corrientc que se tengan diariamente los oficios liturgicos, aunque siempre imitando el domingo».

[44] Cfr. op. cit. 5 édit. Paris 1925 pp. 241-245. La synaxe liturgique, à vrai dire, n'était pas partout célébrée, mais l'office divin est à supposer généralisé dans la Syrie et la Palestine, et ce, en l'honneur de la Ste Vierge, comme nous le verrons plus bas. En Occident, du moins jusqu'au VIIe s. aucun lectionnaire n'indique une fête de saint à célébrer en ces jours.

[45] Pour ce qui est de la réunion liturgique ou aliturgique du samedi, cfr Duchesne, op. cit. pp. 243-245; et Bâumer, op.cit. I, p. 87.

[46] «L'hyrmos ou eirmos est le premier tropaire de chaque ode : il est le type des tropaires suivants, qui lui empruntent son rythme et sa mélodie». — Cfr. Couturier, op. cit.  II, p.  25.

[47] Cfr. Recueil des tonalités... de Douayhy, p. 194; item le Grand office Maronite au Matin du Vendredi (passim).

[48] Cfr. Hindo P. op. cit., p. 59; item, le Brév. des syriens catholiques, édit. 1902, p. 398.

[49] Cfr. le Schihim ou Grand Office, loc. cit.

[50] Cfr. Yahya ibn Garir, dans «Al-Murschid» ch. 27, en manuscrit au Sémi­naire de Scharfé, Catal. de Armalé, n. 5/5 p. 157; item Hindo P. op. cit., p. 427.

[51] Cfr. la première station du mercredi dans le Bréviaire maronite, édit. de Jounieh, 1935 pp. 283-284. Cette hymne ou Boout, est attribuée à St Jacques de Saroug, dans Assémani, Biblioth. Orientalis, vol.  I, p.  310.

[52] Cfr. la 2e strophe du ton «Byad aghroto» dans l'office de sexte du mercredi, Brév. Maronite, Edit. Jounieh 1935, p. 328/9.

[53] Cfr. le Boout de St Jacques à la IV* station de nuit du mercredi, Brév. Maron. Edit. cit. p. 301; item: notre article «La Asuncion de la Santisima Virgen en el Bréviario Mâronita » dans Surge, (Revue sacerdotale du Séminaire de Vitoria-Espagne), Octobre 1951.

[54] Cfr. la psalmodie «Le'el men Shoufro» après le Houssoyo de None du mercredi, Brév. Maron. éd. cit. p. 333.

[55] Cfr. loc. cit. p. 327.

[56] Cfr. Righetti M., op. cit. v. II, pp. 24-25, «Tertulliano ne fa remontare l'istituzione «cioé corne giorni di digiuno» (non de prière officielle et communautaire) agli Apostoli. De Ieiun. 2, 10)». — «Intanto è certo che a principio del V secolo la chiesa di Roma non usa\a celebrare i misteri (sacramenta) il venerdi. Innocenzo I è categorico a questo riguardo. Non sappiamo se si facesse altrettanto anche il mercoledi. Questo ad ogni modo vi perdette ben presto la sua importanza liturgica; se ne conservé il ricordo nelle Quattro Tempora».

Cette opinion de Righetti peut valoir pour l'Occident. Il est certain qu'un office «celui de None» terminait les jours de jeûne — mercredi et vendredi — à l'époque du Tertullien montaniste: «Non quasi respuamus nonam, cui et quarta sabbati et sexta p 1 u r i m u m fungimur». De Jejun. X,  Migne,  P.L.  II,  966-967.

[57] Cfr. le Bréviaire maronite, office du jeudi, avant-pénultième strophe du cantique psalmodié du Soutoro ou office du Crépuscule, édit. de Jounieh 1935, p. 352.

[58] Cfr. Al Kawkab al Charekfi Mariam Soultanatil-mascharek (en arabe), Beyrouth, Imp. Catholique 1902, p. 186. La coutume de l'église romaine et celle d'Alexandrie de faire station de jeûne le samedi, ne doit pas être étrangère aussi à l'affermis­sement du samedi comme jour de la Ste Vierge — Cfr. Bàumer, op. cit. I, p. 87; item Righetti, op. cit. v. II, pp. 25/28: «Per le chiese orientali, fa'tta eccezione délia città d'AJlessandria, il sabato era giorno di sinassi liturgica (Conc. Laod .c. 16; Const. Apost. II, 59... VIII, 33), non perô di astensione dal lavoro almeno generalmente; il digiuno era per conseguenza proibito... In occidente invece, e più particolarmente a Roma e in Ispagna, il sabato fu consacrato al digiuno... l'Africa, la Gallia e l'alta Italia seguivano il costume orientale...» p. 27: «Quale sia stata l'origine del digiuno sabbatico in occidente non sappiamo.» — p. 28: «Nella devozione popolare il sabato è consacrato a Maria... Perché sia stato scelto il sabato per onorare particolarmente la Vergine, non è ben chiaro. (In générale i teologi del s. XII e XIII portano motivi tutti poco concludenti...)»

[59] Cfr.  la  Revue al-Mashriq, 1904, p.  803.

[60] item Al-Mashriq 1936 p. 582, et Mgr. Ephrem Hikary, St Ephrem, Beyrouth, 1952, p. 41

[61] Les infiltrations byzantines dans les trois patriarcats de Jérusalem, Antioche et Alexandrie, ont débuté à l'époque où le Patriarche œcuménique de Constantinople avait entrepris la réduction systématique de l'Église Orientale à sa propre juridiction et sous son immédiate dépendance. Les traces des traductions de livres liturgiques byzantins en langue syriaque d'abord, sont évidentes dans plusieurs manuscrits dont quelques-uns conservés à la Vaticane, et qui remontent jusqu'à 1215. — Cfr. Debs J. Introd. cit. — item I, Armalé: les melchites, leur langue nationale et liturgique, dans «al Maschriq», 1936, pp. 510-521 et ss. Ce n'est que progressivement qu'eut lieu la traduction de ces livres byzantins du syriaque en arabe puis directement du grec en arabe.

[62] Cfr. l'homélie ou houssoyo du matin du lundi au Froumioun : . . . (Gén. I, 3-5) édit. de Jounieh 1935, p.  163-164.

[63] Cfr. le II Boout du matin du jeudi dans l'édit. du Grand Office ou Schihim et Gén. 1, 20-23.

[64] Une oraison (collecte) de la 2ème station de la nuit, consacrée aux martyrs, l'invoque sous ce titre: «O protomartyr... devenu une victime devant votre Père...» Cfr. l'office du jeudi, édit. de Jounieh 1935, p. 365. Item p. 284 (II stat. du mercredi) et p. 441  (II stat. du vendredi) etc…

[65] Cfr. l'art, cit. de I. Armalé dans «Maschriq» 1936, p.*521-522.

 

[66] Cfr. le II Boout au matin du mardi dans le Grand Office.

[67] A cause de son appellation «Yaoumo d'tloto bschabo» ou feria tertia.

[68] En particulier ceux du samedi (cfr. l'oraison introductoire en p. 510 de l'édit. de Jounieh 1935).

L'influence toute spéciale des habitudes monacales sur les offices de nuit dans le Bréviaire maronite, nous la constaterons en partie à travers la lecture du Ch. V du livre de la Direction au sujet de la pureté — lotions et horaires — pendant la prière. Nous en citerons les passages principaux au ch. V suivant.

[69] La superposition des Heures monastiques (2, 6, 9) aux heures ecclésiastico-chrétiennes (matin-soir et coucher) a provoqué dans le recueil des offices hebdomadaires la répétition monotone de plusieurs textes et idées qui auraient pu garder leur fraî­cheur, si on leur avait évité l'emploi indéfini et routinier dans une même journée!

[70] Cfr. Debs J. «Introduction...» p. 7; I. Armalé, art. cit. dans Maschriq 1936 p. 521. — Dans Thésaurus Syriacus de Payne-Smith,t. II coll. 4118-4119, nous trouvons les interprétations suivantes accompagnées de leurs sources manuscrites orientales: «Communis, ferialis, liber ferialis, h.e. precum ad dies feriales pertinentium; orationes feriales dierum non festalium quibus nullum inest festum vel memoria (martyrum) tonis ferialibus adaptatae.

— Cfr. Codices Marshiani in Bibl. Bodleiana, cd LXXIV, sv. — cfr. Bodleian. Orient. X, 28r. — B. Orient. III, II, 937 — II, I, 284, 292, 293.

[71] Cfr. Les manuscrits syriens de la Bibliothèque du Séminaire de Scharfé, dans «At-torpha» ou Catalogue publié par I. Armalé, Jounieh 1936, pp. 48 et sq. aux numéros 5/1; 5/3; 5/4 etc... Remarquez aussi que le mot «Breviarium» chez les latins «significavit antiquis temporibus compendiurn seu epitomen sive orationum a clericis dicendarum sive Rubricarum in officio observandarum». Cfr. Encic. Cattal. art. «Breviario».

[72] La date de cette destruction est A.D. 938 approximativement. Cfr. P. Dib, L'Eglise Maronite des origines à nos jours, édit. Lctouzey et Ane, Paris 1930 et Mgr. P. Hobeika: Etude sommaire sur la formation de la Nation et de l'Eglise Maronite — Jounieh — Liban, 1950 (bilingue) p. 26.

 

 

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