Table des Matières

Table of Contents

Dr. Père Cezar Mourani ocd

Nouvelle Edition 2002

 

L'Architecture Religieuse de Cobiath (Kobayat) sous les Croisés

 

TROISIEME PARTIE

Etudes Detaillées des Chapelles Cobiathines

 

- Chapelles Simples –

Chapitre 7

 

Le Ouadi OUDIN

Mar Saba - Mar Elias - Mar Elian

 

De Andqit, grosse bourgade au Nord-Est de la ville de Cobiath, on remonte vers le Sud-Est, à travers la vallée de Oudîn. Il faut aller, doucement on risque de troubler le silence du Temple: Annat est en train de se relaxer dans ses quartiers d’été, après les durs labeurs qu’elle vient de se donner pour sauver son beau Dammouz. Vallée sainte, plus on y avance, plus on se sent pénétré d’un calme impressionnant, le calme mystérieux du sacré qui vous enveloppe de toute part. Le sol que l’on foule est sanctifié, il est pétri de sueur et de sang: les premiers saints du Liban y ont laissé leurs traces indélébiles. La forêt pleure encore l’encens qui, jadis, jour et nuit, inondait la vallée. Les lieux conservent encore les noms des saints, leurs patrons. Que signifie, au juste, Oudîn? Est-ce un nom d’emprunt apporté par les émigrés d’el Aouassem comme le laisse entendre le P. Lammens. Ou bien le pluriel syriaque de oudo dans le sens de “bois sacré”. Le p. Lammens parle du vocable comme un nom de monastère. Ici, Il s’agit d’une région boisée, d’une forêt à laquelle sied mieux l’application du terme. Les cimes et les coteaux boisés de sapin ombragent les journées chaudes et les sources, nombreuses dans la vallée, rafraîchissent le passant et bercent, de leur cantilène, ses rêveries sur les routes du passé: l’odeur du muguet, qui imprègne l’atmosphère d’aujourd’hui, serait-elle une heureuse effluve de la cueillette qu’en faisaient jadis “ les druides araméens” dans le bois sacré de Oudin? Plaçant le romantisme de côté, le fait peut être vrai vu que le phénomène des champs des “pierres dressées” est toujours constatable dans les environs immédiats de Andqit. Une route, récemment asphaltée, dessert la vallée de Oudîn. A un kilomètre, environ, des dernières maisons du village, un bosquet de chênes verts séculaires attire l’attention, à droite de la route. Une enceinte, en béton, enserre, derrière ses murs, la propriété de Mar Saba. Pourquoi cette tache obscure parmi les terrains cultivés? En menant votre enquête, vous verrez des bosquets pareils un peu partout. Sans vous informer auprès des indigènes, sachez que ces futaies épaisses et vétustes ombragent une ruine sacrée: c’est le wéli. C’est aussi le waqf (propriété sacrée), interdiction absolue d’y toucher.

 

 

 Mar Saba

Situé sur une rampe à flanc de montagne l’emplacement regarde, en face, Andqit, et, à l’horizon, le Crac des Chevaliers. A gauche s’étale la ville de Cobiath tandis que, à droite, le Ouadi Oudîn se dirige en s’élargissant vers la Boqeiaa. Derrière, juste à quelques pas, se dresse la montagne où des rochers blanchâtres pointent sauvages parmi les buissons et les jeunes plants de sapin, cachant aux regards indiscrets beaucoup d’éléments appartenant au domaine sacré.

 

1- L’Église :

Les ruines étant parsemées de vieux troncs de chênes verts, le terrain fut déblayé, l’été dernier, par les gens du pays. Qu’en reste-t-il au juste? La station devait être assez vaste et les vestiges indiquent l’existence d’un ensemble cultuel. Les fondations qui affleurent sont très difficiles à reconstituer. Une seule constatation est possible: il devait s’agir de la présence de deux chapelles contiguës ou bien d’une église à deux nefs. Les chapelles, allongées, d’Est en Ouest, donc parfaitement orientée, étaient engagées, à l’Est, dans un seul mur qui donnait à l’ensemble une façade unique et les faisait apparaître, de loin, comme une bâtisse compacte. Le mur est d’une épaisseur variable. Il comprend parfois un triple parement. Le parement extérieur est fait de gros blocs taillés régulièrement. La face de la pierre est tellement rongée par les facteurs naturels qu’il s’avère impossible d’en tirer des conclusions satisfaisantes. Doit-on penser à un vestige de temple romain ou bien à l’appareil d’un ancien lieu de culte de la période paléochrétienne? Nous penchons pour la seconde proposition vu la similitude de la taille et de la grandeur de la pierre avec d’autres murs constatés dans d’autres centres, notamment à Qammaa et à Kfarnoun. Les absides des chapelles ayant été adossées au côté Est de l’ancien édifice, le parement intérieur de l’ancien mur constitue le fond de l’hémicycle des absides alors que les recoins, formés par le mur mitoyen et les flancs Nord-Est et Sud-Est des chapelles, ont été rembourrés.

 

L’ancien mur, se dirigeant du Sud au Nord, son angle Sud-Est, est toujours visible, alors que les fondations de l’antique édifice dépassent de beaucoup la largeur des chapelles avant de disparaître dans le sol sans laisser de traces visibles. De là on peut conclure que les chapelles ont été littéralement encastrées dans l’antique monument.

 

Dans l’abside de la chapelle Sud, on voit encore, dressées sur un tronc, à la place de l’ancien autel, une énorme table de pierre. Une entaille fort légère y forme un cercle englobant la presque totalité de l’espace plat avec un déversoir latéral et un petit trou creusé au centre du cercle. Est-ce un antique table de sacrifice? Ou bien la couverture d’une tombe mégalithique quelconque? Ou mieux, comme nous le pensons, l’assiette d’un pressoir à olives? Nous en avons vu une, semblable, échouée au sein de l’une des tombes mégalithiques de Menjez; une autre remployée comme pied-droit de porte, dans une vieille maison, au village de Ozeir, face au Felicium, sur l’autre rive de Nahre-el Kébir, comme nous avons eu la chance d’en photographier une au village de Fsaqine. Les premières assises du mur Sud de la chapelle méridionale sont encore visibles. Le reste des structures inférieures est complètement enterré. Il est impossible de dresser un plan exact du monument puisque, comme nous le disions plus haut, une bonne partie des fondements ne sont plus visible. Les deux chapelles ne devaient pas être en retrait l’une par rapport à l’autre, comme à Saint Georges et Daniel à Chouita ou bien Notre-Dame de Ghozrata, mais toutes deux encastrées dans une même enceinte comme à Notre-Dame de Qammaa.

 

Aux alentours de l’église, on peut remarquer des vestiges de fondations trop bouleversées et l’on ne saurait deviner leur destination première dans l’état actuel du site. La pierre de la construction a été, sans doute, extraite sur les lieux même, car on voit toujours les vestiges d’une vieille carrière à quelques mètres au Sud du monument. Rappelons que Mar Saba devait être un “Deir”, lui aussi. Preuve en sont les vestiges de la tour de garde qu’on peut toujours observer à l’angle Sud du terrain.

 

 

 Mar Elias

Nous marchons vers le Sud-Est; la route longe le flanc droit de Oudîn. Plus nous avançons, plus la vallée, étroite au début, s’élargit d’une façon sensible de manière à prendre la forme d’une ovale. Deux kilomètres, à peine, séparent Mar Saba de Mar Elias. Un gros platane ombrage “Aïn el Qabou”. Deux cents mètres à l’Est de la source se dresse une chapelle assez coquette avec son clocher au pur style maronite. La construction est récente et elle ne garde aucune parenté avec le monument antique dont elle conserve le non.

 

La nouvelle chapelle vient d’être bâtie sur l’emplacement d’un monastère maronite tombé en ruines.

 

Les moines maronites avaient, à leur tour, élevé leur résidence sur le site de l’ancienne bicoque datant de la période franque. C’était vers le milieu du XIX s., période qui connut une floraison monacale dans le pays. Les Carmes déchaux exhumaient Mar Doumith de ses cendres à Cobiath-même : les Jésuites relevaient les murs de Notre-Dame du fort au Felicium, alors que les moines maronites Libanais installaient deux communautés dans la région: l’une toujours active à Deir-Jannine et l’autre, éteinte il y a quelques décades, à Mar Elias Oudîn. Qu’est-ce qu’il reste de l’institution médiévale? Apparemment, plus rien. Des fouilles révéleraient, peut-être, quelques restes de fondation. Nous croyons, pourtant, avoir retrouvé des pierres de l’ancienne époque remployées dans la construction moderne. Le site surplombe une falaise rocheuse assez élevée. La falaise est percée de plusieurs hypogées comme il en existe d’autres, au pied de la montagne, sur la rive Est du torrent qui coule au bas de l’éperon. Nous traversons le Ouadi pour rebrousser chemin sur la rive gauche du Ouèd. Un kilomètre et demi plus bas, le flanc de la montagne, celle du Akroum, s’infléchit et l’espace prend de la largeur. Les champs sont vastes: à leur extrémité Nord, presque au niveau de Mar Saba, apparaît une autre tache obscure. De gros vieux chênes-verts ombragent les vestiges de Mar Elian.

 

 

 Mar Elian

La vue du site à partir du haut plateau de Mar Saba n’est pas impressionnante. Le sanctuaire semble enfoui au creux de la vallée et l’on se demande pourquoi a-t-on choisi cet emplacement relativement désavantageux. Les vieux sanctuaires qui ont remplacé les anciens lieux de culte phéniciens ou cananéens dominent généralement les croupes des collines et les crêtes des montagnes. Il ne s’agit pas d’une coïncidence de hasard mais plutôt d’un choix réglé par les croyances et la tradition. Dans le Cobiath, les anciennes chapelles ne font pas exception à cette règle. Quand l’une d’elles se trouve dans une vallée, c’est qu’au sein de cette même vallée, elle s’élève sur un mamelon ou bien, un éperon quelconque.

 

A Mar Elian, la vallée est large et le monument domine,au pied du versant Ouest du Jabal Akroum, la croupe d’un éperon.

 

Cent mètres environ,au Sud du sanctuaire, on remarque des vestiges parsemant le sol aux alentours d’un vieux chêne solitaire. La lecture de ces vestiges n’est pas tellement aisée, vu leur état de bouleversement: ce sont les ruines d’une chapelle antique dédiée à la Sainte Vierge. Au sud des ruines, nous pensons avoir discerné les reste d’une ancienne installation agricole, en particulier les fondations d’une huilerie antique. Un énorme rouleau de pressoir se dresse, solitaire, dans le champ voisin. Un moulin à main, une sorte de grosse “jarouchée” à olives, gît encore à l’ombre du chêne.

 

1- Le Sanctuaire :

Formé de deux chapelles ou mieux de deux nefs, le sanctuaire est totalement encastré dans un ensemble cultuel plus ancien. Les chapelles ont, à peu près, les mêmes mesures: celle du Sud est légèrement plus courte, elle paraît même dans son état de ruine actuel comme étant la chapelle principale. Celle  du Nord, un peu plus longue, est moins large que sa sœur. Une porte médiane faisait la jonction entre les deux vaisseaux.

 

 

Table des Matières

Partie1-Chap1

Partie3-Chap1

Partie4-Chap1

 

Partie1-Chap2

Partie3-Chap2

Partie4-Chap2

Introduction

Partie1-Chap3

Partie3-Chap3

Partie4-Chap3

   

Partie3-Chap4

Partie4-Chap4

 

Partie2-Chap1

Partie3-Chap5

Partie4-Chap5

 

Partie2-Chap2

Partie3-Chap6

 
   

Partie3-Chap7

Conclusion

 

top

Back to Books