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Le Fondateur de l'Ordre des Carmes au Liban

d'après "La Splendeur du Carmel", Père Samir KHalil (jesuite)

 

INTRODUCTION

1. En 1604, le pape Clément VIII confia aux Carmes déchaux la mission de Perse. En réponse à cette demande, les Carmes fondèrent en 1609 un couvent à Ispahan, puis une résidence à Šīrāz.

2. Quatorze ans plus tard, le 30 avril 1623, ils arrivèrent à Bassorah (= Basrah en Irak), et le P. Basile de Saint-François, portugais, y fonda une résidence. La ville, située sur l'Euphrate près du Golfe Persique (sur le Šaţţ al-'Arab), était un port important; les marchands portugais en particulier y envoyaient deux fois l'an (en mars et en août) une flotte de vingt vaisseaux marchands.

Cette résidence travailla grandement à la conversion au christianisme des «Chrétiens de Saint-Jean», i.e. des Sabéens ou Mandéens. Elle servit aux missionnaires de pont pour leurs missions de Perse et de l'Inde.

3. En 1627, le P. Prosper du Saint-Esprit fonda la mission d'Alep, qui était la principale ville commerciale du Moyen-Orient. D'autres ordres religieux (Franciscains, Capucins et Jésuites) les y avaient précédés.

De là, ils rayonnèrent dans la Syrie de l'époque, créant notamment un couvent à Béšarré (en 1643) pour desservir tout le Nord du Liban, avec un petit poste à Tripoli. Ils rendaient visite aux gens et discutaient avec eux de religion, prêchaient dans leurs églises les dimanches et fêtes, et composaient des livres en arabe. Ils s'occupaient aussi d'amener à la foi catholique les chrétiens orthodoxes et même les musulmans, bien que cela ne fusse pas le but premier qu'ils s'étaient proposé en s'installant au Mont-Liban.

Ainsi donc, les Missions d'Orient des Pères Carmes comprenaient deux branches: la Mission de Perse (avec Ispahan et Bassora, et subsidiairement Šīrāz) et la Mission de Syrie (avec Alep et Béšarré, et subsidiairement Tripoli).

4. Au plan littéraire, les Carmes entreprirent surtout des traductions arabes d'oeuvres spirituelles occidentales, notamment l'Imitation de Jésus Christ et la vie de sainte Thérèse d'Avila. Les plus connus de ces traducteurs furent: Pieter van Gool, orientaliste hollandais (1604-1676), qui prit en religion le nom de Célestin de Sainte Ludivina, le breton Yvo d'Alain (1600-1661) et le lyonnais Jean de la Mère de Dieu (1620-1669). Je m'arrêterai tout particulièrement aujourd'hui sur le premier de ces carmes, le P. Célestin.

 


CHAPITRE DEUXIÈME

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

A. NAISSANCE ET ENFANCE À LEYDE (1604-1612)

L'enfance du P. Célestin est enveloppée d'incertitudes.

1. SA FAMILLE

1. Son nom véritable est Pieter (ou Petrus) van Gool. Il est né aux Pays-Bas, d'une famille calviniste.

2. Quant au lieu de naissance, les auteurs hésitent entre La Haye (‘s Gravenhage) et Leyden, quoique la plupart inclinent pour cette dernière ville . Son frère aîné Jacobus est né à Leyden, ce qui peut appuyer la seconde hypothèse.

3. Célestin est le frère du fameux orientaliste Jacobus Golius (mort le 28 septembre 1667), celui-là même qui fournira des centaines de manuscrits à la bibliothèque de Leyde, grâce à l'aide des missionnaires, et qui sera célèbre pour son lexique arabo-1atin publié en 1653 à Leyde.

Parlant de son frère, dans une lettre écrite d'Alep le 1er octobre 1635, il dit: «Nuper frater meus germanus qui linguarum orientalium et mathematicae professorem egit in Hollanda...» = «Récemment, mon frère germain, qui travaillait en Hollande comme professeur de langues orientales et de mathématiques, ...».

2. DATE DE NAISSANCE

1. La date de sa naissance est aussi discutée: la plupart des auteurs le font naître en 1604. Van Slee parle plus vaguement de «la fin du XVI siècle», tandis que l'auteur du Chronicle le fait naître à Leyde en 1602.

Le P. Ambrosius, l'archiviste qui a plus que quiconque fait avancer les recherches sur les Carmes, a modifié sa position au fil des années. Dans sa Bio-bibliographia missionaria, publiée en 1941, il donnait la date de 1604. Trois ans plus tard, en 1944, dans son Nomoclator, il donne la date de 1597.

Il fut suivi par Graf et par Sorge, qui adoptent tous deux la date de 1597.

2. Je pense néanmoins que la date de 1597 ne correspond pas aux données que nous possédons. En effet, il fit profession le 12 juillet 1626 à l'âge de 22 ans, selon les propres dires du P. Ambrosius. En rigueur de termes, ceci le fait naître entre le 13 juillet 1603 et le 12 juillet 1604.

3. De plus, de passage à Alep entre les mois de septembre et de novembre 1675, lui-même dit à M. Huntington qu'il se sentait encore jeune, bien qu'ayant 72 ans accomplis. Voici le résumé qu'en donne Schnurrer:

«Anno 1675, Huntingtonus Halebo significavit per litteras Ed. Pocockio, venisse ad se P. Coelestinum, Golii fratrem, ut quomodo valeat, quid agat amicus Pocockius, cognosceret; (...) affirmasse ipsum redire sibi juventutem; hominem septuagenario duobus annis majorem valere viribus, atque in incedendo non minus quam olim esse agilem»,

qu'on pourrait traduire: « En 1675, Huntington envoya d'Alep une lettre à Edmund Pococke, l'informant que le P. Célestin, frère de Golius, était venu le voir pour savoir comment il allait et ce que faisait son ami Pococke. Il affirmait que la jeunesse lui revenait, et que lui, homme de plus de 72 ans, avait toutes ses forces et qu'il n'était pas moins agile qu'autrefois, pour marcher »..

Si donc, dans le dernier trimestre de 1675, il avait 72 ans accomplis, c'est qu'il était né en entre décembre 1602 et septembre 1603.

4. Si nous conjuguons nos deux conclusions, nous aboutissons à la conclusion suivante: Pieter est né entre le 13 juillet et le mois de septembre 1603, et non pas en 1597, ou même en 1604.

B. JEUNESSE À ANVERS (1612-1626)

1. A peine âgé de 8 ans, il fut confié par ses parents à un oncle (probablement maternel) nommé Johann Heme1aer, qui était un homme probe et savant et était chanoine de la cathédrale d'Anvers. Celui-ci l'éduqua dans le catholicisme, mais sans aucune animosité contre les protestants, comme on peut le constater au cours de sa vie, tant dans ses rapports avec son frère qu'avec d'autres orientalistes tels que Huntington ou Pococke, qu'il considéra toujours comme amis.

2. On peut se demander s'il a été confié par son oncle à l'orphelinat de la ville, ou du moins s'il n'a pas été lié de quelque manière à cette institution. Ce qui m'y fait penser c'est le fait que, beaucoup plus tard, à Tripoli, vers l'an 1645, il s'affectionnera pour un jeune flamand d'Anvers, élevé dans l'orphelinat de la ville, et l'admettra comme frère laïc dans l'Ordre des Carmes, avant même d'en avoir obtenu l'autorisation de Rome.

3. C'est ce qu'il écrit dans la lettre du 2 mars 1646 au P. Isidore, supérieur général:

« ...ma la Providenza, prima volendo confondermi, et parimente consolarmi, mandò li mesi passati nel porto di Tripoli un nascello Fiamengo, nell quale la maggior parte della gente erano Catholici, et essendo chiamato in Tripoli per confessarli, mi viene per le mani un giovane assai divoto, et di buon naturale, di anni in circa nato di legitimo matrimonio in Anversa, come ho conosciuto d'una lettera di testimonianza deI parocho della Cathedrale della sudetta Città, onde (?) doppo la morte del suo padre et madre ha dimorato molti anni nella case delli Orfanelli, havendo imparato per mestiere l'arte di far pane:

« Et essendo con li nascelli Fiamenghi venuto in ltalia, per andare a cercare la sua fortuna con l'arte sua, venne finalmente in Tripoli, et significandomi d'haver a noia la Navigatione, et le cose del mondo, desiderando di farsi Religioso in alcuna Montagna del Levante, et in particolare offerendosi con ogni affetto a voler scrvire li n(ost)ri Religiosi in queste parti, ho giudicato per bene, conforme l'aviso del mio compagno, d'accettarlo, et l'ho menato meco al monte Libano, ove, doppo haverlo provato doi (sic) mesi e mezzo nel habito secolare, l'ho vestito nel (?) habito n(ost)ro ma più (p. 5) corto deI solito, et senza scapulare grande, nel giorno del n(ost)ro sto. P(ad)re Andrea Fiesulano, havendolo chiamato Fratello Fra Eliseo di S. Andrea:

« Et confesso ingenuamente a V. R. avanti Iddio Benedetto che resto tanto consolato et sodisfatto della sua persona et modo di procedere, che, quanto a me, non lo vorrei cambiare con nissun altro fratello Professo: havendo con isperienza provato quanta pena et fastidio si hanno dato alcuni delli n(ost)ri fratelli professi, in queste parti. Perciò prego V. R. instantamente di procurar dal Definitorio G(ene)rale la ratifabitione (sic) di questo fatto, accioche questo giovane possa perseverare con noi, et fare qui il suo Novitiato, et al suo tempo essere confermato nella N(ost)ra sta Religione, almeno conforme che il N(ost)ro Definitorio G(ene)rale ha conceduto ad Abd Allah, overo a1 fratello fra Elia nel sto Monte Carmelo.

«Di più havendo con isperienza provato che simili fratelli sono più atti per li servitii delli n(ost)ri missionarii in queste parti, propongo a V. R. parimente al Definitorio G(ene)rale (se lei giudicarà conveniente) utrum qui nel Monte Libano puotremo ancora vestire doi (sic) altri nelle medesima forma et modo di sopra».

c. DÉBUT DE LA VIE RELIGIEUSE (1624-1632)

En 1624, Pieter entre chez les Carmes, dans la province flamande de Belgique. Le 12 juillet 1626, il émet ses voeux et prend le nom de Célestin de Sainte-Ludwina(ou Lidivine ou Ludivina ou Lydwine, etc.).

Il s'agit de Sainte Lydwine de Schiedam (près de Rotterdam), sainte hollandaise née le 18 mars 1380 et morte le 14 avril 1433. Elle devint vite célèbre dans l'Europe septentrionale catholique. Une de ses biographies, écrite par Johann Brugmann (Ord. Min.) fut résumée en latin par Thomas a Kempis. Ses reliques étaient conservées jusqu'en 1871 au couvent des Soeurs Carmélites de Bruxelles ce qui peut expliquer la dévotion de Pieter van Gool à cette sainte.

D. MISSION A ALEP (1632-1643)

1. ÉTUDE DE L'ARABE

1. Le 5 octobre 1632, le P. Célestin est envoyé dans la Mission de Syrie, à Alep, pour y apprendre les langues orientales: arabe, persan et turc. Il y retrouve certainement là des souvenirs du passage de son frère Jacques, qui y avait résidé un an et demi en 1628-1629.

2. Lui-même nous indique une de ses méthodes pour apprendre l'arabe, dans une lettre rédigée en latin et datée du 8 août 1633, dix mois après son arrivée à Alep: il raconte aux Supérieurs de Rome qu'il s'impose d'écouter les sermons arabes très-doctes de l'évêque maronite qui a étudié à Rome, lequel les lui répétait en italien, soit par lui-même soit par quelque autre prêtre maronite.

3. Il s'agit en fait de l'évêque Ishāq al-Šidrāwī, qui fut envoyé en 1603 à Rome pour y faire ses études. Une fois veuf, il fut consacré évêque de Tripoli le 25 mars 1629, par le patriarche Yuhanna Mahlūf, et fut envoyé quelques mois après à Alep, pour essayer d'y mettre bon ordre. Le consul de France à Alep, Delegrave, dans une lettre adressée aux cardinaux de Propaganda Fide le 11 octobre 1634, nous apprend que l'évêque était habile dans l'art de la prédication .

4. En même temps, il prépare ses sermons en arabe, et prêche régulièrement dans l'église des Carmes, à partir de 1635. Au dire d'un de ses confrères, il avait «appris si parfaitement la langue arabe, qu'il ne se trouvera pas un européen qui le puisse surpasser en ce qui est de la bien parler, et qu'à peine y en aurait-il un qui l'égale ».

5. Un autre confrère, le P. Giovanni Stefano di S. Teresa, nous fait savoir, dans deux de ses lettres du 5 février et du 3 mars 1635, que le P. Célestin prêchait en arabe dans l'église du couvent avec un grand concours de maronites et même de chrétiens d'autres rites (i.e.d'orthodoxes).

6. En 1638, à Alep, il achève la traduction arabe de l'Imitation de Jésus-Christ qui, nous le verrons, obtiendra un immense succès.

2. ÉTUDE DES SCIENCES EXACTES

1. Il avait appris aussi les sciences exactes, comme on peut le déduire par le fait que «l'éclipse lunaire du 28 avril 1635 fut observée à Alep par le P. Célestin, carme, et par le P. Michel-Ange, capucin "peritissmus mathaematicus"», selon ce que rapporte le P. capucin Louis de Gonzague.

2. C'est ce que nous trouvons aussi dans un ouvrage d'astronomie de l'époque, composé par Ismaël Bovillaud en 1645: « Ista quoque eclipsis (= celle de 1635) observata fuit, Halepi, et observatores fueront P. Coelestinus a s. Liduina, Carmelita  discalceatus, et P. Michaelangelus Capuccinus, peritissimus mathematicus,» ,On se souviendra aussi que son frère Jacob était professeur de mathematlques.

3. Au début de 1642 (ou plus tôt peut-être), le P. Célestin exprime son désir dans un lettre au Visiteur de la Mission, de se rendre en Perse, ou encore au Mont-Liban, où le Patriarche maronite offre une église et un couvent, avec une petite rente.

D. EN MISSION AU LIBAN (1643-1652)

1. FONDATION DU COUVENT SAINT-ELISÉE À BɊARRÉ

1. En 1643, on lui confiera la fondation de la première mission au Mont-Liban. Il y fonde, dans la vallée de la Qadišah (la Vallée Sainte) qui dépend de Béšarré, le couvent de Saint-Elisée. Ce couvent avait été donné aux Pères Carmes par le patriarche maronite Ğirğis 'Amīrah, qui fut patriarche du 27 décembre 1633 au 29 juin 1644.

D'après le P. Jean (dit Habib) Amieu, supérieur de la "Mission de Syrie" des Jésuites, les Pères Carmes se rassemblèrent dans le couvent le 8 mars 1643. Selon le P. Florencio de l'Enfant Jésus et P. Ambroise, l'inauguration a eu lieu le 19 mars 1643. Il y probablement une erreur typographique dans le texte du P. Amieu, et il faudrait lire"18 mars". Effectivement, c'est le 18 mars que le P. Célestin prit possession du couvent de Saint-Élisée dans la Vallée Sainte, et le lendemain eut lieu l'inauguration.

2. Voici comment il fut fondé, selon ce que raconte le P. Philippe de la Sainte-Trinité, futur supérieur général des Carmes: «Les auteurs de la mission du Mont Liban furent quelques Maronites, qui, émus des exercices et de la conversation de nos Pères, leur donnèrent de leur mouvement un certain hermitage de notre Père Saint Elisée, comme nous étant légitimement dû, avec une maison et tout ce qui y était annexé, proche du lieu des cèdres.

«Celui qui fut envoyé le premier d'Alep pour fonder cette mission, fut le R. Père Célestin, qui avait déjà passé plusieurs années en la mission d'Alep avec un très grand fruit, et qui, ayant appris si parfaitement la langue arabe, qu'il ne se trouvera pas un Européen qui le puisse surpasser en ce qui est de la bien parler, et qu'à peine y en aurait-il un qui l'égale. Il en communique volontiers à plusieurs autres la connaissance, qu'il a acquise de soi-même et par son propre travail».

2. FONDATION DE LA RÉSIDENCE DE TRIPOLI

Cependant, bien vite les Pères se rendent compte que l'hiver dans la région de Béšarré ou dans la Qadišah (la Vallée Sainte) est dur et qu'on y vit trop isolé. Ils décident donc de fonder une résidence stable à Tripoli, où ils habiteraient habituellement, montant éventuellement l'été à Saint-Élisée. La décision fut adoptée le 20 mars 1645 à Rome On peut supposer que le P. Célestin fut chargé de cette nouvelle résidence.

Peut-être se souvenait-il que les Pères Carmes avaient fondé au XII siècle un couvent à Tripoli, dépendant de la province de Terra Santa, qui fut détruit par les "Turcs" vers 1289, en même temps que leur couvent de Tyr.

3. ÉCOLE DE BɊARRE ET RÉSIDENCE À EHDEN

En 1649, il inaugure une école à Béšarré pour y enseigner les jeunes maronites du Nord. Les plus doués parmi eux seront alors envoyés à Rome, au Collège Maronite.

Il semble bien cependant que le couvent de Saint-Élisée n'était vraiment pas bien commode pour le travail des Pères. En effet, 1e 26 mai 1653, le Conseil Général de l'Ordre décida d'échanger ce couvent contre une résidence à Ehden, située non loin de Béšarré.

Ainsi donc, le P. Célestin fut l'âme de la mission du Levant pendant ces 20 années, inspirant les jeunes missionnaires à Alep, fondant le couvent de Saint-Élisée près de Béšarré au Mont-Liban, créant la résidence de Tripoli, puis déplaçant le couvent de Béšarré à Ehden.

E. EN MISSION à ROME (1652-1675)

À partir de 1652, le P. Célestin fera deux séjours à Rome, essentiellement pour s'occuper de la formation des futurs missionnaires d'Orient. Un premier séjour, bref, entre 1652 et 1654; et un second séjour beaucoup plus long, mais dont je n'ai pu préciser les dates avec exactitudes.

1. PROFESSEUR DE LANGUES ORIENTALES À "SAN PANCRAZIO" (1652-1654)

En 1652 (ou peut-être déjà en 1651), le P. Célestin est appelé à Rome pour y enseigner les langues orientales au Séminaire général des Missions, dit «Seminario di San Pancrazio», à Santa Maria della Vittoria.

Cette même année 1652, il se trouve à Venise, probablement à son retour d'Orient. Il communique (à distance) avec le P. Denys de la Couronne d'Épines, qui se trouvait au lazzaretto, en quarantaine, comme nous l'apprend le P. Denys dans une lettre du 26 décembre 1652 envoyée de Venise.

2. RETOUR AU MONT-LIBAN ET DEUXIÈME SÉJOUR À ROME

Le 30 avril 1654, le Définitoire Général lui assigne 50 «reali d'otto» pour partir au Mont-Liban. La durée de ce séjour ne m'est pas connue.

Ce qui est sûr c'est qu'il se trouvait à Rome, au plus tard, le 27 octobre 1662. En effet, à cette date le Définitoire Général le nomme «Premier Conseiller» au Séminaire de San Pancrazio. Le 16 janvier 1667, le Définitoire Général renouvela cette charge. De nouveau, le 1er mai 1671, le Définitoire reconduisit sa charge pour la troisième fois.

3. COLLABORATEUR A LA BIBLE ARABE DE 1671

1. Durant son séjour à Rome, il collabore avec Sarkïs Al Rizzï (dit Sergius Risius, archevêque maronite de Damas) à la traduction arabe de la Bible faite à partir de la Vulgate latine. Elle sera imprimée à Rome en 1671, par la Propaganda Fide.

Cette édition de la Propagande sera vite fameuse et aura grand succès dans tout l'Orient: c'est la première Bible arabe complète, imprimée dans un format accessible. Elle sera recopiée maintes fois dans toutes les communautés chrétiennes orientales, orthodoxes catholiques, en tout ou en partie.

2. En 1666, il demandait à ses Supérieurs l'autorisation de se rendre en Hollande, pour travailler à la conversion de ses parents Ceci ne lui fut pas accordé. L'année d'après mourra d'ailleurs son frère le grand orientaliste Jacob van Gool, connu sous le nom latinisé Golius.

F. LES PRÉPARATIFS DE LA MISSION DU MALABAR (1660-1674)

Le zèle du P. Célestin ne connaît pas de limite géographique. Là où il pense pouvoir servir, il s'offre pour les Missions.

1. LE P. CÉLESTIN, HOLLANDAIS, EST SOLLICITÉ POUR LE MALABAR

1. En 1656 et 1660, le P. Giuseppe di S. Maria de' Sebastiani, carme déchaussé, fut envoyé en mission au Malabar. Mais en 1660, les Hollandais conquirent la région, et exigèrent des Pères Carmes et des autres missionnaires catholiques de quitter le Malabar. Le P. Sebastiani consacra alors le premier évêque local, Alexandre Parampil, et partit.

2. On pensa alors envoyer le P. Célestin, qui, en qualité de hollandais et du fait de son appartenance à une famille bien en vue, aurait peut-être obtenu l'accord des Pays-Bas, mais ceux-ci ne répondirent pas à la requêté. Par ailleurs, le pape Alexandre VI (1655-1667) s'opposa au projet de manière inexplicable, probablement pour des motifs politiques.

2. LE P. CÉLESTIN S'OFFRE POUR LA MISSION DU MALABAR

1. Cependant, l'idée de la mission de l'Inde travaillait toujours le P. Célestin. Ayant reçu une lettre de son confrère le P. Matteo di San Giuseppe demandant vivement des missionnaires, et d'autre part le pape Alexandre VII qui s’opposait à son voyage étant mort, Célestin s'offrit pour se rendre aux pays-Bas en vue de traiter l’affaire, avec l’intention de partir ensuite en Inde.

2. La mort de son frère Jacob ne semble pas le décourager. En effet, en 1668, alors qu'il était «lecteur de Polémique» au Séminaire de San Pancrazio, il fait une demande à la Sacrée Congrégation de la Propagande pour obtenir la permission de visiter ses parents « en Hollande, et d'y demeurer un an, pour traiter quelques affaires urgentes et pour essayer d'obtenir la conversion de ses parents qui sont hérétiques». Une telle autorisation était nécessaire, puisque tout pays non catholique relevait de la juridiction de Propaganda Fide.

3. C'est durant la réunion générale de la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide qui eut lieu le 11 décembre 1668, que sa demande fut acceptée. Peu après, le 26 janvier 1669, le Supérieur Général de l'Ordre, le P. Philippe de la Sainte-Trinité, écrivit dans ce but à la Sacrée Congrégation.

3. COURT SÉJOUR DU P. CÉLESTIN EN HOLLANDE

1. Il est probable qu'il se rendit peu après aux Pays-Bas ne resta que quelques semaines. En effet, le 26 mars 1669, la Sacrée Congrégation décidait son retour. Le motif invoqué est .que ses Supérieurs n'avaient aucun religieux capable de le remplacer comme lecteur de langue arabe.

2. En 1673, le P. Célestin fait une demande à la Sacrée Congrégation, dans laquelle il explique qu'il a été «lecteur d'arabe» de nombreuses années à San Pancrazio et qu'il en était satisfait; qu’il avait aussi travaillé à la correction de sa traduction arabe de l'Imitatio Christi et à la correction de la traduction arabe de la Bible publiée en 1671 par la Propagande. Je suppose que le but de cette lettre était de demander d'être envoyé à la mission du Malabare.

G. LA MISSION DU MALABAR (1675-1676)

Le P. Célestin, plus qu'un orientaliste, est d'abord et avant tout missionnaire. Il est plein de zèle et d'amour pour les Orientaux, quels qu'ils soient: ayant travailler avec eux au Mont-Liban, puis pour eux à Rome, il veut rejoindre un autre groupe oriental, ceux de l'Inde. Il s’agit pour lui de les aider tous à trouver Jésus Christ, dans l'Église catholique.

Le dernier acte de sa vie sera de s'offrir, malgré son grand age, comme missionnaire en Inde. Ce fut, en fait, un long chemin de croix, qui se termina par la mort d'épuisement aux portes de sa nouvelle mission. Examinons en détail cette extraordinaire épopée missionnaire.

1. APPEL AUX MISSIONNAIRES DU P. MATTEO DI SAN GIUSEPPE

Le 29 janvier 1674, le P. Matteo di San Giuseppe (missionnaire carme au Malabar, en désaccord avec son supérieur général, mais bien vu de la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide): écrivit des lettres à son confrère le P. Célestin, l'informant que plusieurs chrétiens «schismatiques» passaient à l'Église catholique. Il demmandait aussi au Pape et à Propaganda Fide que soit consacré un évêque malabare et que soient envoyés trois ou quatre Pères carmes italiens:

Il informait en outre son confrère que les Hollandais,et notamment notamment le gouverneur de Cochin, Hendrric Adriaan van Rheede, lui étaient très favorables.

2. Le P. Célestin parla au Supérieur, qui lui dit d'en parler directement à la Propagande, ce qu'il fit, présentant les lettres du P. Matteo.

2. CÉLESTIN S'OFFRE POUR LA MISSION DU MALABAR

1. Mgr Ravizza, secrétaire de la Congrégation de la Propagande, demanda alors au Collège de San Pancrazio s'il y avait des religieux disponibles. Le P. Célestin s'offrit immédiatement. Trois autres Pères acceptèrent: Bartolomeo dello Spirito Santo (alias Giacinto Torricelli, 1640-1680), Agnello dell’Immacolata Concezione (alias Carlo de Giorgio, 1664-1697) et Angelo Francesco di S. Teresa (alias Giovanni Vigliotti,1650-1712).

2. Le 15 décembre 1674, tous les cardinaux acceptèrent sa requête. Le P. Célestin, le seul des quatre versés dans les langues orientales, demanda à la typographie de Propaganda Fide des livres, tant religieux (doctrine catholique, rituels, bréviaires) que profanes (grammaires et dictionnaires); et la chose fut décidée le 29 janvier 1675 par les cardinaux.

3. Cependant, les missionnaires demandèrent qu'on 1eur adjoignit un professeur de langue syriaque, étant donné que les chrétiens du Malabar étaient de tradition syriaque. Les Maronite de Rome, à qui la Congrégation de la Propagande s'était spontanément adressée, s'excusèrent.

Or il y avait à Alep don Bartolomeo Hannā, prêtre maronite d’Alep, ancien élève de la Propagande, qui demandait depuis des années d'être transféré au Mont-Liban pour s'y perfectionner en syriaque. C'est finalement lui qui fut choisi.

3. DÉPART DES MISSIONNAIRES POUR VENISE

Le 30 mars 1675, le pape Clément X envoie les quatre Pères carmes en Inde pour élire l'archidiacre de la Serra Malabare comme coadjuteur de l'évêque de Megara. C'est le P. Bartolomeo qui sera responsable du groupe et qui recevra de Mgr Ravizza l'argent pour leurs frais.

Le 31 mars 1675, le groupe part pour Venise. Ils s'arrêtent à Florence et à Bologne, d'où le P. Célestin et le P. Agnello repartent le 9 avril. A Venise, ils se procurent des milliers de médailles, ainsi que de l'argent, et attendent une occasion favorable pour le voyage. Le 15 aout enfin, ils s'embarquent pour le Levant.

4. PASSAGE PAR ALEP ET DÉPART POUR BASSORA

Ils passèrent certainement par Alep, puisque nous savons que le P. Célestin y rencontra, en 1675 (la date n'est pas précisée, mais elle doit se situer entre les mois de septembre et de novembre) le sieur Huntington, lui demandant des nouvelles de son ami l'orientaliste anglican Edward Pococke.

Par ailleurs, il est probable que c'est à partir d'Alep que don Bartolomeo Hannâ, le prêtre maronite alépin qui leur servira d'interprète du syriaque (et probablement du turc ou du persan) en italien, s'adjoignit au groupe.

D'Alep, le groupe des cinq missionnaires partit pour Basrah (Bassora) en Irak, où ils arrivèrent le 27 décembre 1975, ayant donc passé la Noël sur les routes.

5. DÉPART POUR SURAT EN INDE, SAUF LES PÈRES CÉLESTIN ET AGNELLO

A peine arrivés, ils apprennent qu'un bateau partait le lendemain pour Surat en Inde, mais qu'à cause des vents contraires il n'avait pu entrer dans le fleuve. Ils déjeunent et le P. Vicaire les conduit alors lui-même avec une chaloupe jusqu'au bateau, et négocie l'affaire avec le capitaine hollandais et le procureur arménien. Ils partent le 28 décembre pour Surat (port situé à une centaine de milles au nord de Bombay, sur la côte occidentale de l'Inde).

Cependant, les Pères Célestin (trop âgé et épuisé du voyage) et Agnello ne purent reprendre la route. On décida qu'ils attendraient une nouvelle occasion.

6. DÉPART DES DEUX PÈRES POUR SURAT À TRAVERS ŠIRAZ

L'occasion se présenta le 25 janvier 1676, où une barque se dirigeait vers Bandar ‘Abbas. Là, ne trouvant pas de bateau pour Surat, ils partirent pour Šīrāz où les Carmes avaient une résidence. Je n’ai pu établir la durée de son séjour à Šīrāz et la date de l'embarquement pour Surat.

Cependant, le P. Agnello, malade, dû rester à Šīrāz et renoncer au voyage. Plus tard, une fois guéri, il retourna à Rome. Le P. Célestin, malgré son grand âge, décide de poursuivre seul la route.

En février 1676, nos missionnaires se trouvent à Surat C’est de cette ville que le P. Bartolomeo dello Spirito Santo écrit, le 25 février 1676, au P. Giovanni Crisostomo di San Paolo, supérieur général de l'Ordre.

7. MORT DU PÈRE CÉLESTIN

Je ne sais à quelle date arriva le P. Célestin à Surat. Toujours est-il qu'il était cette fois trop âgé et fatigué, incapable de poursuivre la route. Il resta donc à Surat, où il mourut le 22 Juillet 1676, âgé de 72 ans. Comme saint François Xavier, il mourra avant d'avoir rejoint l'objet de son désir pastoral.

De l'équipe, seuls les P. Bartolomeo et Angelo Francesco, plus l'oriental don Bartolomeo Hanna, arriveront à destination, à Bardes, le 22 avril 1676.

 

 


CHAPITRE TROISIÈME

 

SON OEUVRE MAJEURE: L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST

Le P. Célestin nous a laissés de nombreuses oeuvres arabes, dont la plus importante est une traduction arabe de l'Imitation de Jésus-Christ faite sur l'original latin. Célestin dit l'avoir composée en 1638 (donc à Alep). De toutes ses oeuvres, c'est celle qui marqua davantage les Eglises d'Orient, et ce pour plus de deux siècles. Le style y est très correct, et elle a fait l'admiration des orientalistes; ainsi Hottinger écrit qu'on ne serait pas attendu à trouver une telle traduction sous la plume d'un européen: «Tersa est translatio, & nitidior, quam quae ab homine Europaeo expectari possit ».

A. LES ÉDITIONS DE L'IMITATION

La version arabe de l'Imitation, une fois imprimée, sera sans cesse demandée par toutes les communautés du monde arabe. Parmi les livres arabes, celui-ci deviendra une espèce ce "best-seller".

1. ÉDITION PRINCEPS: ROME 1663

1. En 1638, quand notre auteur traduisit l'Imitation, il n'y avait pas encore d'imprimerie en Orient. Le Père Célestin attendit donc d'être à Rome, durant la période de son enseignement, pour imprimer l'ouvrage. Il parut en 1663, aux presses de la Propaganda Fide, en 548+ 14 pages. L'approbation pour imprimer l'ouvrage fut accordée le 10 novembre 1662, par le savant maronite Abraham Echellensis (al-Haqillânï).

L'ouvrage portait un double titre, arabe et latin. En voici le titre arabe: Kitab al-Iqtida' bi-l-Masih, mustamal 'ala arba'at asfar, li-Tüma al-Kambisi al-qanüni, al-mutarahhib tahta qanün al-qiddis al-ğalil Awgustinüs, wa-qad naqalahu min al-lugah al-latiniyyah ila l- 'arabiyyah al- 'abd al-faqir ila Allah subhanahu Kelestinüs min al-qiddisah Lidwina al-rahib al-Karmalitani al-hafi. Et voici le titre latin: Thomae a Kempis de Imitatione Christi Libri Quatuor, De Latino in Arabicum versi, etc.

2. Célestin y ajouta une préface en arabe et en latin, où il affirmait avoir exécuté cette traduction 25 ans plus tôt:

«ln hunc praecipue finem, jam ab annis XXV. dum in missionibus Syriae commorarer, librum hunc in linguam arabicam interpretatus sum, ut scilicet communi Orientalium saluti promovendae suaviter viam sternerem, et cunctis aliquid impertirer emolumenti spiritualis (u.). Et ut Arabes, coeterique Muhammedicae sectae sectatores legentes legis Evangelicae perfectionem (.u) tandem aliquando in se reversi convertantur, et legem Christi (u.) complectantur ».

«C'est dans ce but surtout que, il y a déjà 25 ans, alors que je demeurais dans les Missions de Syrie, j'ai traduit ce livre en arabe, à savoir pour préparer de manière suave le chemin à la promotion du salut commun des Orientaux, et pour procurer quelque avantage spirituel à tous. [...]. Et afin que les Arabes et les autres disciples de la secte de Muhammad, lisant la perfection de la loi évangélique (...), fassent retour un jour sur eux-mêmes, se convertissent enfin et embrassent la loi du Christ».

3. C'est ce qu'il écrivait aussi dans sa dédicace à Mario Albericio, secrétaire de la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide :

«Ante quinque lustra, dum in Missionibus Orientis commorarer, hoc Christianae pietatis Enchiridion in celebrem Arabum linguam a me conversum, a multis rescriptum, a plurimis saepius expetitum, nunc primo publicam aspicit lucem»

«Il y a cinq lustres, alors que je demeurais dans les Missions d'Orient, j'ai traduit ce manuel de la piété chrétienne dans la célèbre langue des Arabes. [Cet ouvrage], recopié par beaucoup et désiré souvent par un très grand nombre, voit enfin le jour maintenant pour la première fois ».

4. Il Y ajouta un index des prières de l'ouvrage, notamment de celles pour la communion.

2. ÉDITIONS DU 18° SIÈCLE

1. En 1734, l'ouvrage étant probablement épuisé, il fut réédité à Rome, toujours à l'imprimerie de Propaganda Fide, en un volume in.12° de 654 + 13 pages, par les soins du prêtre Copte catholique Yühanna Ibn Tadurus (par ailleurs inconnu).

2. Quatre ans plus tard, en 1738, les deux Maronites Yuwasaf al-Baskintâni al-Dibsi (abbé des moines des saints Pierre et Marcellin, à Rome) et Andarawus Iskandar, le rééditèrent, à Rome, chez Pietro Ferri. L'ouvrage étant en caractères garsünï, on peut supposer qu'il était destiné aux fidèles maronites et syriaques. Dans le frontispice latin, il signe "Josaphat Dapsis".

3. La même année 1738, l'ouvrage fut réédité à Halle en Allemagne, par les soins du théologien protestant et orientaliste Johann Heinrich CALLENBERG (1694-1760). C'est un volume in-8°, publié en 4 volumes: les trois premiers en 1738 et le quatrième en 1739, sous le titre suivant: Thomae Kempisii de Chnsto imitando liber primus ex latino in arabicum sermonem versus a P. F. Coelestino a S. Lidvina, carm. discalceato. Recudi curavit J. H. Callenberg. 0n en trouve un spécimen chez Schnurrer.

4. L'année suivante, en 1739, ce sont les Melkites qui le rééditent à Dayr al-Šuwayr, dans l'imprimerie fondée par le diacre alépin 'Abdallah Zabir quelques années auparavant, en 1726, avec des caractères arabes fort élégants qui font même l'admiration d'Assemani. Il semble que l'Imitation de Jésus Christ dans la traduction arabe du P. Célestin, soit devenue un best seller!

5. En 1742, pour la troisième fois, la Propaganda Fide imprima notre ouvrage, grâce aux soins du P. Fr. Antoine le Hiérosolymitain, maronite, qui était confesseur des Orientaux à la basilique Saint-Pierre de Rome. Cette édition n'est pas signalée par Graf.

3. ÉDITIONS DES 19°-20° SIÈCLES

1. Un siècle plus tard, c'est au tout des Protestants d'en publier des extraits, à Beyrouth (à l'American Mission), à deux reprises: en 1842 et 1879. L'ouvrage y est intitulé: Iqtitaf Kitab al-Iqtida' bi-l -Masïh.

2. Ce même texte du P. Célestin fut révisé par le Maronite, Maître Girgis Zuwayn al-Futühï (mort le 28 juin 1892), qui fut le premier rédacteur de l'hebdomadaire des Jésuites aJ-Bašir. Il avait une plume alerte et une longue expérience littéraire: il rédigea ou traduisit au moins 24 ouvrages. Son texte fut publié à Beyrouth en 1855 et 1868, et après sa mort en 1913.

3. Enfin, le P. Francis Maria al-Farra', franciscain originaire d'Alep, publia en 1899 une nouvelle traduction de l'Imitation; en 623 pages. En réalité, la comparaison avec la traduction du P. Célestin montre à l'évidence qu'il s'agit plus d'un remaniement de la traduction du P. Célestin que d'une nouvelle traduction.

4. En 1913, ce texte a été plus ou moins réédité à Beyrouth, par l'Imprimerie Catholique des Pères Jésuites, avec des corrections, sous le titre de Kitab al-iqtida' bi-l-Masih.

Bref, jusqu'au début du siècle, toutes les éditions arabes de l'Imitatio Christi se basent explicitement ou implicitement sur celle du P. Célestin. Je n'ai pas examiné les traductions modernes pour savoir si elles dépendent de la nôtre ou pas.

B. LES MANUSCRITS DE L'IMITATION

Je suis ici pour l'essentiel Georg Graf, me contentant d'ajouter ou de préciser certains points. On peut signaler six manuscrits, pas toujours bien identifiés:

1. Beyrouth, Bibliothèque Orientale, non coté.

2. Beyrouth, Couvent des Capucins, non coté (Alep, 1734): manuscrit latino-arabe, le latin ayant été copié par le P. AMBROISE capucin, qui n'est autre que le P. AMBROISE DE LA ROCHE, l'arabe par le moine et prêtre maronite Fransis fils du prêtre Hanna al-BANI, scribe renommé. «Le traducteur n'est point désigné»

3. Florence, Palat. Medicea (XVIIe siècle), olim Or. 82. C'est un manuscrit in-4° de 250 pages, transcrit à Alep et achevé le 9 juillet 1738 par le P. Ignace d'Orléans capucin.

1. LA TRADUCTION DU P. IGNACE D'ORLÉANS

Celui-ci avait traduit l'Imitation de Jésus Christ avec l'aide d'un (chrétien?) natif d'Alep, à partir de la traduction française du Sieur de Breuil (alias Louis Isaac Le Maistre de Saci), au début de l'année 1638, peu avant sa mort 129. D'après le P. Clemente da Terzorio, qui se réfère aux Actes des Archives de Propaganda Fide, dès avril 1639 sa traduction fut louée par les Maronites et, semble-t-il par l'archevêque de Damas.

Sa version fut publiée à Paris en 1691, aux dires du P. Louis de Gonzague. On en trouve plusieurs manuscrits, dont un à Glasgow en Ecosse (Huntenan Museum, N° 161) daté de l'année 1638-1639, et un autre à la Stadtbibliothek de Hambourg (coté: or. 24) transcrit en 1662 sur un autographe, pour le compte d'un prêtre grec orthodoxe.

2. ORIGINE DE L'ACCUSATION: STÉPHANE ÉVODE ASSEMANI

1. Le premier auteur qui, à notre connaissance, porte cette accusation contre le P. Célestin est le savant maronite Stéphane Évode (= 'Awwad) Assemani. Décrivant le manuscrit 82 de la bibliothèque de Florence, il écrit: «Cum hac Librorum a Kempis editione concordat ad verbum praenotata Patris Ignatii Capucini interpretatio; quae quum annos quinque supra viginti Caelestini Carmelitae editionem praecedat: idem Caelestinus Arabicorum Thomae a Kempis Librorum, ab antedicto Ignatio Capucino editorum, plagiarius potius, quam interpres dicendus est ».

2. Cette opinion a été reprise par De Backer, dans son catalogue, qui écrit: «Pierre Golius (en religion Coelestin a S. Lidvina) prit la traduction du frère Ignace d'Orléans (O. M. Cap.) et la fit imprimer sous son nom).

3. Il fut suivi par Jacques Rosenthal, dans son catalogue des éditions et versions de l'Imitation.

4. Nous la retrouvons chez le P. Louis Cheikho, dans son Catalogue des manuscriIs. Il écrit une première fois:ويقال إنّ هذه الترجمة هي التي نشرها بعد ذلك باسمه الأب سلستينوس (كذا) الكرملي. Plus loin, il reprend son affirmation en se référant à Assemani: وقد روى اسطفان عوَّاد في مخطوطات المكتبة الميشية فلورنسة (...) أنّ تعريب الاقتداء بالمسيح المنسوب الى الأب سلستينوس (كذا) الكرملي منقول عن نسخة سابقة من تعريب الأب اغناطيوس الأورلياني المرسل الكبوشي في حلب.

3. JUGEMENT ÉQUITABLE DU P. LOUIS DE GONZAGUE, CAPUCIN

1. Le P. Louis de Gonzague, lui-même capucin, ayant étudié directement le problème, arrive à la conclusion suivante: « Mais Cheikho n'a pas dû confronter l'ouvrage du P. Ignace, avec celui du P. Célestin. Pour nous, qui les avons considérés attentivement l'un et l'autre, il apparaît que la traduction du P. Célestin n'est pas un plagiat du travail de notre P. Ignace. On peut dire que le P. Célestin a connu la traduction du P. Ignace (traduction antérieure de 30 ou 40 ans à celle du P. Célestin), et qu'il emploie quelques tours de son devancier; mais quant au reste, chacun a sa façon de procéder.

«Les deux traductions sont différentes, et le dernier auteur a pu signer la sienne de son propre nom. Observons encore que la traduction du P. Célestin est plus correcte; on le voit à première inspection ».

2. Georg Graf, se fondant sur l'opinion du P. Louis de Gonzague, écrit donc:

«P. Coelestin (...) lehnte sich hierbei zum geringeren Teil an die frühere Uebersetzung des Kapuziners Ignatius von Orléans an; im übrigen ist seine Uebertragung selbstiindig und bietet ein korrecktes Arabisch ».

4. CONCLUSION

En conclusion, la traduction du P. Célestin est totalement différente du celle du P. Ignace d'Orléans. Dans quelle mesure le P. Célestin a-t-il eu connaissance de la traduction du P. Ignace, cela est difficile à établir. Il n'est pas exclu que, se trouvant tous les deux à Alep en 1638, le P. Célestin ait eu connaissance de celle du P. Ignace et qu'il ait retouché ici ou là sa propre traduction.

D. CONCLUSION SUR LA TRADUCTION DE L'IMITATION

1. Ce petit tour d'horizon sur les éditions successives de l’Imitation de Jésus-Christ montre assez l'importance considérable qu'eut cette traduction. Elle toucha pratiquement toutes les communautés chrétiennes.

2. Très tôt, cette traduction imprimée fut demandée en Orient. Dans la relation que le P. carme Valerio di San Giuseppe (sic) rédigea le 26 mars 1671 à Mgr Baldeschi, secrétaire de la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide, il dit que le P. Gerolamo di Santa Teresa, vicaire de Tripoli, demande à la Congrégation de bien vouloir lui envoyer les livres suivants pour en faire don aux chefs de la communauté de «Chelbie», à savoir: 6 Nouveaux Testaments, 10 «Imitation du Christ» dans la traduction du P. Célestin, 10 petits «Doctrine chrétienne», 10 grands «Doctrine chrétienne», et 6 Psautiers.

3. Ceci est dû incontestablement au fait que la spiritualité est le fonds commun dans lequel tous les chrétiens puisent. Au niveau de la spiritualité, il n'y a plus de différence entre les confessions. Le plus grand service que rendirent les Carmes à l'Orient arabe est précisément de lui offrir des oeuvres arabes puisées dans leur trésor spirituel.

4. D'autre part, vu l'importance de ce texte, une étude précise des diverses versions arabes de l'Imitation serait à entreprendre. C'est alors seulement que l'on pourra juger avec équité du travail entrepris par le P. Célestin, qui eut une fine intuition en traduisant cet ouvrage.

 


CHAPITRE QUATRIÈME

 

LES AUTRES OEUVRES ARABES

La plus grande partie de l'oeuvre du P. Célestin est perdue. Nous en avons connaissance notamment par la lettre de 6 pages de grand format (environ A 4) qu'il envoya le 2 mars 1648 du Mont-Liban (c'est-à-dire de Bésarré) au P. Isidore de Saint-Joseph son ami, peut-être à l'occasion de son élection comme supérieur général de l'Ordre. Elle est conservée aux Archives générales de l'Ordre, à Rome (38 via Corso d'Italia), dans le dossier Pluteum 252 c; c'est la 25° pièce du dossier.

Le P. Célestin était visiblement tout aussi capable de traduire du latin en arabe que de l'arabe en latin. Dans cette quatrième partie, nous étudierons les oeuvres traduites du latin en arabe. Nous en avons repéré quatre, destinées à transmettre la spiritualité occidentale aux Orientaux, à commencer par la spiritualité carmélitaine, telle qu'exposée dans la vie de la grande rénovatrice du Carmel, Thérèse d'Avila.

A. TRADUCTION D'UN COMPENDIUM DE LA VIE DE SAINTE THÉRÈSE D'AVILA

1. AUTIIENTICITÉ DE L'OEUVRE & ÉDITION

Le P. Célestin parle de cette traduction, dans sa lettre au P. Isidore de Saint-Joseph du 2 mars 1648, comme d'une oeuvre achevée. Il écrit :«Imperoche per dare a V. R. alcuna relatione delli miei studij, che ho fatto nel Levante, ho messo insieme diverse translationi dalla lingua Arabica nella Latina, et al incontro dalla Latina nella Arabica, fra Li quaLi sono Thomas a Kempis de Imitatione Chri(sti), il Compendio della vita della N(ost)ra sta Madre, Alcuni Discorsi sopra l'EvangeLij del Anno, et altre cose di devotione et orationi vocali, Et le principali controversie contra li Schismatici et Heretici Orientali, cioè Greci, Armeni, Jacobiti et Nestoriani».

Ce texte fut édité à Mossoul, en 1867, par les soins des Pères Dominicains, sous le titre de: Sirat a1-Qiddisah Tariziyah a1­Muslihah. Graf se demande s'il s'agit de la traduction du P. Célestin, ou d'une autre, Je n'ai pu étudier la question.

2. LES 5 MANUSCRITS CONNUS

D'après Graf, cette traduction se trouverait manuscrits que ceux contenant l'Imitation, à savoir:

1. Beyrouth, Bibliothèque Orientale, non coté.

2. Beyrouth, Couvent des Capucins, non coté.

3. Hambourg, Stadtbibliothek or. 25 (XV me s.?)

4. Leyde or. 2828 (copié à Tripoli de Syrie en 1663).

5. Vatican arabe 424 (XVIII s.).

3. UN SIXIÈME MANUSCRIT A ALEP?

1. D'après Graf également, qui se réfère au P. Cheikho, il existe de cette traduction un sixième manuscrit, à l'évêché grec orthodoxe d'Alep. Or, si l'on se réfère à l'ouvrage du P. Cheikho, on trouve, après la mention de l'autobiographie de sainte Thérèse traduite par le P. Célestin, suivie d'un point, l'information suivante: وفي مكتبة الدار الاسقفية الأرثدكسية في حلب سيرة القديسة تريزيا "وضعها بالعربية البادري رئيس الرهبان الكرمليين في حلب" نحو 270 صفحة (راجع مجلّة النعمة 1: 366). «Et dans la bibliothèque de la résidence épiscopale orthodoxe d'Alep, la vie de sainte Thérèse "rédigée en arabe par le Padre supérieur des moines Carmes à Alep" en environ 270 pages (cf. la revue al-Ni'mah 1:366) »

2. Or, le P. Célestin n'avait pas été supérieur à Alep. J'ai donc eu un doute. Pour plus de sûreté, j'ai eu recours à la référence signalée par Cheikho. Il s'agit d'une série d'articles rédigée par Ïsa Iskandar al-MA'LÜF, dans la revue grecque orthodoxe de Damas Al-Ni'mah, en complément à un gros article du P. Louis Cheikho paru en 1909. Dans le septième article, Ma'luf décrit au N° 73 ce manuscrit, dont la copie a été achevée à Alep le 6 novembre 1720 par le maronite (al-Muran Sim'an Ibn Fransis surnommé al-HAYYAT.

Le manuscrit comprend deux parties: la première est la vie de sainte Thérèse, la seconde une vie de Thomas a Kempis, traduite du latin par al-Hurï Butrus al-TÛLAWI le Maronite, qui l'acheva le 16 juin 1705. Le texte a été revu et corrigé sur l'original, par le moine libanais Gibra'il Ibn Farhat, plus connu sous son nom d'évêque Germanos FARHAT.

3. Pour ce qui est de la vie de sainte Thérèse, le P. Cheikho avait recopié un peu vite le texte de Ma'lüf, sans le mot essentiel (et en "corrigeant" un autre). Ma'lüf écrivait : وضعها بالعربية ايرونيموس البادري رئيس الرهبان الكرمليين بحلب =« [vie] rédigée en arabe par le Padre Hieronymus, supérieur des moines Carmes à Alep». Rien donc ne nous dit que ce texte soit une traduction faite par le P. Célestin.

4. IDENTIFICATION DE CE MANUSCRIT: VERSION DE BUTRUS AL­TÜLAWI

1. Quel est ce Padre Hieronymus? Dans son catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Orientale de Beyrouth, le P. Cheikho décrit au N° 659 un ouvrage intitulé al-Gumal al-Mufidah li-l-nafs al-sa'idah, fi sirat al-qiddisah Tiriziyia, qui «renferme des pensées, des maximes spirituelles, rangées en 13 chapitres et tirées de la vie et des oeuvres de sainte Thérèse», par un missionnaire carme. Il ajoute alors: «peut-être par le Père Jérôme, Supérieur des Carmes d'Alep au XVIII siècle et auteur d'une vie arabe de sainte Thérèse».

2. Commentant l'hypothèse de Cheikho, Graf écrit: «Nach diesen Angaben kiime nur Hieronymus Maria a S. Barbara aus der Lombardei in Betracht, der 1715-1733 in Aleppo lebte».

Il renvoie au Nomenclator du P. Ambrosius, ajoutant: «wo jedoch cines arabischen Schrifttums desselben keine Erwahnung geschieht». Ainsi donc, Graf propose cette identification, mais suggère lui-même un doute.

3. Il s'agit en réalité du P. Hieronymus a Santa Theresia (dont le nom originel est Philippe Desmarets), né à Cambrai en 1626, qui fut missionnaire en Syrie de 1654 à 1675, et mourut en 1682 à Tournai, qui a effectivement composé une vie de sainte Thérèse, en latin.

4. Bref, ce sixième manuscrit est à supprimer. Il ne s'agit pas de l'ouvrage du P. Célestin, mais d'une autre biographie de sainte Thérèse, rédigée en latin par le P. Jérôme de Sainte Thérèse et traduite en arabe par Butrus al- Tülâwi, dont Graf ne signale qu'un manuscrit daté de 1720 et conservé à l'Archevêché maronite d'Alep (sans cote).

B. DES DIFFÉRENCES ENTRE ORTHODOXES ET CATHOLIQUES

1. Dans la même lettre du 2 mars 1646, le P. Célestin signale cet ouvrage, qu'il décrit ainsi:

« Et le principali controversie contra li Schismatici et Heretici Orientali, cioè Greci, Armeni, Jacobiti et Nestoriani».

2. Il est probable que cet ouvrage ait été composé par lui-même, et non pas traduit. L'ouvrage ne semble pas avoir été conservé. La problématique n'est évidemment pas particulièrement œcuménique. En ceci, le P. Célestin appartient à son époque, les Missionnaires étant venus en Syrie pour «ramener» les Orthodoxes (selon l'expression de l'époque) à l'Eglise catholique.

3. Graf y fait allusion disant: «Wie archivalische Quellen melden, übersetzte P. Colestin auch eine Abhandlung über die Differenzlehren der nichtkatholischen orientalischen Christen und Predigten zu den Evangelien».

C. SERMONS SUR LES ÉVANGILES

Il composa des Sermons sur les Évangiles qui ont peut-être été traduits d'une langue européenne. Ils semblent être perdus et ne sont pas conservés aux Archives générales de l'Ordre à Rome. De même a-t-il traduit des opuscules de dévotion et des orations vocales. Graf y fait allusion dans le passage à peine mentionné.

Célestin y fait allusion dans sa lettre du 2 mars 1646 :«Alcuni Discorsi sopra l'Evange1ii del Anno, et altre cose di devotione et orationi vocali ».

D. SERMON HISTORIQUE DE SAINT GRÉGOIRE LE DÉCAPOLITE

1. Le P. Isidore de Saint-Joseph, carme, qui deviendra supérieur général de l'Ordre en 1646, était un grand ami du P. Célestin. Il traduisit du grec en latin le Senno historicus Sancti Gregorii Dccapolitae, auteur byzantin qui mourut en 842. En 1642, il publia à Rome (chez Grignani) cette traduction latine. Cet opuscule fut repris par Migne, avec sa traduction latine, Le texte lui-même n'est pas long, puisqu'il tient en 6 colonnes. À ma connaissance, il n'a jamais été traduit dans aucune langue vivante, et n'a fait l'objet d'aucune étude, si minime soit-elle.

2. Il envoya au P. Célestin, son ami et confrère, une copie de son opuscule. Celui-ci le traduisit en arabe, comme il nous l'apprend dans sa lettre du 2 mars 1648 au P. Isidore, alors supérieur général de l'Ordre :«E pero occorrendo per le mie mani il suo libretto, intitolato Sermo historicus Sti Gregorï Decapolitae, l'ho tradotto nella lingua Arabica, con intentione di dedicarlo a lei, come al suo legitimo Padrone, et l'invio la copia qui annessa, supplicandola di riceverla con buon occhio come cosa sua propria: sperando con altra occasione di mandarli alcun altro trattato maggiore ».

D'après cette lettre, une copie de cette traduction arabe a été envoyée à Rome en même temps que la lettre. Je ne l'ai pas trouvée parmi les dossiers du fonds Pluteum. Cette traduction a été faite probablement entre 1643 et 1645, durant le séjour du Père au Liban.

3. On comprend l'intérêt du P. Célestin pour ce petit opuscule. Il s'agit en effet d'une histoire concernant un musulman (<<sarrakênos»), qui était proche parent du calife (lequel?), appelé ici Ameroumnês (qui n'est autre que la byzantinisation de Amir al-Mu'minin).

Celui-ci, provoquant impudemment un prêtre en l'église Saint-Georges, est témoin d'un miracle eucharistique. Après une âpre discussion avec le prêtre au sujet du miracle, il se convertit au christianisme et demande le baptême. Le prêtre l'envoie à l'évêque du Mont Sinaï, et là notre général d'armée devient moine.

Plus tard, il va trouver à nouveau le prêtre de l'église Saint-Georges, lequel l'invite à retourner chez les siens pour témoigner du Christ. Il retourne donc chez lui et rencontre le calife, son parent. Là il témoigne vigoureusement du Christ, essayant de convertir le calife au christianisme. Après plusieurs invitations à redevenir musulman, il meurt martyr sur ordre du calife.

4. Sur plusieurs points l'histoire fait songer au martyr saint Rawh al-Quraši, qui fut martyrisé le 25 décembre 799 à Raqqah en Syrie. Il y a cependant trop de différences entre les deux récits pour qu'on puisse identifier les deux martyrs.

Une étude comparative des néo-martyrs de l'islam, ainsi que des miracles de l'eucharistie, serait nécessaire et jetterait une lumière nouvelle sur cette littérature.

 


CHAPITRE CINQUIÈME

 

OEUVRES TRADUITES DE L'ARABE EN LATIN & AUTRES ŒUVRES

Dans la lettre du P. Célestin datée du 2 mars 1648, il écrit: «Ma dalla lingua Arabica nella Latina ho tradutto il Alcorano molti Proverbii et sentenze raccolte dalli Principali Authori Arabi, et un Trattato assai bello e grande ...».

Nous avons repéré trois traductions faites en latin à partir de l'arabe, pour transmettre la culture arabe aux Occidentaux. On notera que dans cette seconde catégorie, il traduit des pièces maîtresses de la tradition musulmane (le Coran), de la tradition littéraire arabe (les proverbes et sentences) et de. la tradition chrétienne (l'ouvrage de Sim'an Ibn Kalil). On ne pouvait mieux exprimer cette vision humaniste intégrale du P. Célestin, absente de fanatisme religieux ou culturel.

A. TRADUCTION DU CORAN

Célestin traduisit donc de l'arabe en latin le texte du Coran. Cette traduction semble être restée inédite. Elle est peut-être conservée aux Archives générales de l'Ordre à Rome. Il serait intéressant de la comparer avec les versions latines qui l'ont précédée.

B. PARABOLES ET SENTENCES

Il traduisit encore de l'arabe en latin, selon son propre témoignage, des paraboles et des sentences, rassemblées de divers auteurs orientaux, arabes notamment. Le titre latin est: Plurimae parabolae ac sententiae auctorum principalium arabicorum.

Ce texte aussi n'a pas été identifié dans les manuscrits. Peut-être est-il conservé aux Archives générales de l'Ordre à Rome. Les auteurs chrétiens avaient d'ailleurs composé ainsi plusieurs recueils de sentences, le plus célèbre étant le Daf al-Hamm d'Élie de Nisibe composé vers 1030.

C. LE PRATUM SOLITARII DE SIM'AN IBN KALÏL IBN MAQARAH

1. Enfin, il traduisit de l'arabe en latin un magnifique ouvrage de théologie spirituelle, composé en prose rimée par l'anachorète (al-habis) copte Sim'an Ibn Khalil Ibn Maqarah vers l'an 1200, qui avait été, à partir de 1173, secrétaire aux armées sous Saladin (1171-1193). Il s'agit du Rawdat al-Farid. wa-salwat al-wahid, un des joyaux de la littérature arabe chrétienne, traduit sous le titre de: Pratum solitarii et consolatio anachoretae, qui rend de manière extrêmement fidèle le titre arabe.

2. Le P. Célestin en parle dans sa lettre du 2 mars 1646, comme l'ayant achevée à Alep (donc avant 1243), mais attendant pour donner son «imprimatur» de recevoir le fameux Thesaurus linguae arabicae d'Antonius GIGGEIUS (Milan 1632) pour pouvoir contrôler quelques passages. Voici ce qu'il écrit:

«Ma dalla lingua Arabica nella Latina ho tradutto il Alcorano molti Proverbij et sentenze raccolte dalli Principali Authori Arabi, et un Trattato assai bello e grande delle principali virtù, intitolato  روضة الفريد وسلوة الوحيد  Pratum solitarii et Consolatio Anachoretae composto con elegantissimo stilo Arabico d'un Monacho Egyptio avanti 550 anni incirca.

«Et gia haverei finito questo Trattato ma parte per mancamento di tempo, parte per non havere un Lexicon Arabico, overo Thesaurus Linguae Arabicae stampato in Milano 4 Tomi in folo 183 per cercare le radici più diffili et litterali, non ho potuto qui nel sacro Monte Libano dare l'ultima mano al sudetto Trattato, che gia in Aleppo havevo tradotto più che la maggior parte».

Le P. Célestin, en datant l'oeuvre, la fait remonter à l'année 1096 environ. Il la vieillit donc de près d'un siècle.

3. Cette traduction est conservée aujourd'hui dans un seul manuscrit: le Paris arabe 194, gros manuscrit in-quarto de 364 folios écrits de la main du P. Célestin, avec le texte latin au-dessus du texte arabe. Cette traduction mériterait d'être éditée, en même temps que le très bel ouvrage arabe original.

D. AUTRES ŒUVRES

1. Durant son séjour à Rome (donc après 1652), le P. Célestin traduisit du latin en turc la Doctrina christiana, à la demande de la Sacrée Congrégation de la Propagande. Ce document pourrait se trouver à Rome, mais je ne sais où. Il ne semble pas avoir été édité.

2. Aux Archives générales de l'Ordre à Rome sont conservées 68 lettres du P. Célestin aux Supérieurs de l'Ordre à Rome, envoyées du Liban: 37 lettres ont été expédiées entre 1643 et 1650 du Mont-Liban, et sont conservés dans le dossier Plu/euro 252 C; et 31 lettres ont été expédiées entre 1643 et 1652 à partir de Tripoli, et sont conservés dans le dossier Pluteuro 251 b 187. Elles sont rédigées soit en latin, soit en italien.

3. De même, aux Archives générales de l'Ordre à Rome (ms.Pluteum 252 b) est conservée la «Relatio Missionis Patrum Carmelitarum Discalcaetorum ad Sacrum Montem Libanum, 1643-1659». C'est un véritable ouvrage, divisé en une vingtaine de chapitres, rédigé à Rome en 1659. Le manuscrit original est malheureusement incomplet, et il n'en reste que 148 pages de format in-8° (20 x 13 cm), souvent difficiles à lire par suite de l'encre corrosive.

4. On a attribué au P. Célestin une traduction arménienne de l'Imitation de Jésus-Christ, publiée à Rome en 1674. C'est ce qu'écrit Rosenthal (qui suit De Backer N° 2483): «Thomae a Kempis, Imitatio Christi Armenice vertit Coelestinus a S. Lidvina, ordo Carm. dise.(Revis. Vartanus Hunanian & Basil. Barsech)».

En fait, il n'en est rien. Cette traduction est l'oeuvre du Vartabet Jean de Constantinople, qui était élève au Collège Urbanien de Propaganda Fide à Rome, où il l'acheva en 1670.

Les mêmes auteurs parlent d'une autre édition arménienne de l'ouvrage, publiée à Rome en 1705, qu'ils attribuent encore à notre Célestin.

 


APPENDICE

 

LETTRE DU PÈRE CÉLESTIN DE SAINTE LUDWINA AU P. ISIDORE, SUPÉRIEUR GÉNÉRAL

(MONT-LIBAN, 2 MARS 1646)

Jesus Maria

Molto Rdo P(ad)re N(ost)ro ossmo

1 Pax Christi.

Sin hora non habhiamo ricevuto lettera alcuna dalli

2 n(ostr)ri superiori doppo il Capitolo Generale, se non da V. R. la

3 quaie con la gratissima sua dal Isola di Sicilia si diede aviso

4 dell'elettioni fatte nel sudetto Capitolo, et insieme con la

5 sua solita carità, et zelo che sempre ha mostrato verso le

6 n(ost)re Missioni, promise d'agiutarle, et favorir Li n(ostr)ri missiona-

7 rii, chi in esse travagliano.

Et se bene io con altre mie ho

8 ringratiato V. R. dal affetto che sempre mi ha mostrato,

9 rallegrandomi parimente della felice Elettione fatta nella

10 sua persona, nondimeno conoscendo d'haver obligatione parti co-lare

11 lare da molto tempo verso V. R. ho giudicato ispediente

12 di dare alcuna testimonianza di questo mio obligo verso  lei

13 lei:

A. LIVRES TRADUITS OU COMPOSÉS

E perô occorrendo per le mie mani il suo libretto, in-

14 titolato Sermo Historicus S!i.Gregorii Decapolita, l'ho

15 tradotto nella lingua Arabica, con intentione di dedi-

16 carlo a lei, come al suo legitimo Padrone, et l'invio la

17 copia qui annessa, supplicandola di riceverla con buon occhio

18 come cosa sua propria: sperando con altra occasione di man-

19 darli alcun altro trattato maggiore. Imperoche per dare a V. R.

20 a1cuna relatione delli miei studii, che ho fatto nel Levante,

21 ho messo insieme diverse translationi dalla lingua Arabica nella

22 Latina, et al incontro dalla Latina nella Arabica,fra li

23 quali sono Thomas a Kempis de Imitatione Chri(sti), il Compendio

24 della vita della N(ost)ra sta Madre, Alcuni Discorsi sopra l'Evange-lii

25 lii deI Anno, et altre cose di devotione et orationi vocali, Et

26 le principali controversie contra li Schismatici et Heretici

27 Orientali, cioè Greci, Armeni, Jacobiti et Nestoriani.Ma

28 dalla lingua Arabica nella Latina ho tradutto il Alcorano

29 molti proverbii et sentenze raccolte dalli principali Authori Arabi,

30 et un Trattato assai bello e grande delle principali virtù, intitolato

31 to  روضة الفريد وسلوة الوحيد  Pratum solitarii et consolatio Anachoretae


(p.2)

1 composto con elegantissimo stilo Arabico d'un Monacho Egyptio

2 avanti 550 anni incirca.

B. LE THESAURUS LINGUAE ARABICAE

Et gia haverei finito questo Trat-

3 tato ma parte per mancamento di tempo, parte per non

4 havere un Lexicon Arabico, overo Thesaurus Linguae Arabicae

5 stampato in Milano 4 Tomi in folo per cercare le radici

6 più diffili et litterali, non ho potuto qui nel sacro Monte

7 Libano dare l'ultima mano al sudetto Trattato, che gia

8 in Aleppo havevo tradotto più che la maggior parte.

9 vero è che li n(ost)ri Superiori passati m'havevano promesso con

10 diverse lettere di mandarmi il sudetto Thesoro della lin-

11 gua Arabica, ma per fine mi fù risposto che costava trop-

12 po, et che era di pocha utilità, essendo tutte le cose

13 in esso confuse: ove 'al contrario, tutti, chi sono alquanto

14 versati nella lingua Arabica, lo lodano molto, et io con ispe-

15 rienza d'alcuni anni che l'ho adoperato in Aleppo, l'ho trova-

16 to utilissimo, et molto necessario per perfettionarsi nella sudetta

17 lingua; Et quanto al prezzo l'ho comprato in Aleppo per

18 dodici Reali d'otto, et li n( ost)ri Padri nel sto Monte Carme-

19 lo, l'hanno havuto uno li giomi passati per 120 messe.

20 Pero supplico V. R. di voler tentare con li N(ost)ri P(ad)ri

21 della Provincia di Lonbardia di mandarmi il sudetto The-

22 soro per via di Venetia in Tripoli, et molto volontieri

23 diremo 160 messe, et più, se lo mandaranno ligato.

C. LES MISSIONNAIRES SONT SEULS & PEU NOMBREUX

Quanto

24 al mancamento di tempo, gia P(ad)re N(ost)ro, sono quattro anni

25 che quasi sempre sono stato solo nel Monte Libano,

26 senza agiuto di fratello. E pero mi sento troppo aggra-

27 vato con le occupationi esteme di casa, senza puoter appli-

28 carmi alli studii delle lingue, come è il mio obligo:

E nondi

29 meno posso dire con verità che quasi tutte le Dominiche e

30 feste ho procurato di fare alcuna Predica al popolo,

31 et altre fontioni di Missionarii.

Vero è che il P(ad)re F. Mat-

32 theo gia tre anni sono, mi fù mandato per compagno: ma si

33 come Li N(ost)ri superiori hanno fatto un Decreto nel Defb G(ene)rale


(p. 3)

1 che sempre alcuni Religiosi n(ost)ri dimorassero in Tripoli, ove

2 per molti rispetti è necessario d'haver un hospitio, in tanto che

3 senza esso non puotiamo mantenere la missione del monte

4 Libano, sono stato costretto di privarmi della sua compa-

5 gnia, et di lasciarmiloin Tripoli:

ove esso parirnente ritro-

6 vandosi solo, patisce grandernente, et non puo applicarsi alli

7 essercitii delle lingue et fontioni di Missionarii, come

8 desidera et conviene:

E nella rnedesirna pena si ritrova

9 il P. F. Bruno in Aleppo, il quale pari mente è solo.

Et

10 havendo havuto speranza ferma che n(ost)ro P(ad)re G(ene)rale ha-

11 verebbe nel principio deI suo govemo rnandato rnissionarii

12 sofficienti, non habbiarno sin hora havuto ne anco una

13 letterina, non ostante che da Venetia, et Marsiglia

14 siano arrivati rnolti nascelli in Tripoli, Saida et Alles-

15 sandretta:

D. LES MISSIONNAIRES ATTENDENT DES SUBSIDES

pero li N( ost)ri Missionarii stanno qui alquanto

16 perplessi, et pocho sodisfatti, senza sossidii et agiunti qua-

17 si derelitti, havendo noi in particolare in spatio di tre

18 anni ricevuto solarnente il sossidio deI primo anno, deI

19 n(ost)ro P(ad)re Generale passato.

Vero èche dal rnese di Maggio

20 deI an no passato ho ricevuto una lettera da Malta dal

21 F. Michael Angelo, se bene mi ricordo, avisandomi che haveva or-

22 di ne di rnandarci 100 Reali d'otto, volendo che io l'avisasse

23 se mi contentano che rirnettesse li sudetti danari in Saida

24 al P(ad)re Presidente delli P(ad)ri

Osservantini della terra sta

25 si come era solito di fare per Li N(ost)ri P(ad)ri deI sto Monte 26 Carmelo.

Et havendoli con lettere triplicate avisato, che se-

27 guitesse per noi la rnedesirna strada, non ho giarnai havuto

28 la risposta. rimediano efficacemente a queste due cose cioè

31 alla scarcezze de Religiosi et sossidii, saranno Li poveri missio-

32 narii costretti di pigIiare altra risolutione, come mi vien scritto 33 d'Aleppo e tripoli.

Pero havendo gia per il passato con molte

(p. 4)

1 lettere dato raguaglio alli n(ost)ri superiori delle cose delle missioni, et spetialmte

2 delle sudetti due, senza haver havuto in spatio d'un anno lettere alcuna

3 sono stato consigliato di ricorrere a V. R. come faccio per la presente

4 con ogni confidanza, supplicandola di voler abbracciare la protettione

5 delli missionarii, et mantenimento delle n(ost)re Missioni,

et di trattare effi-

6 cacementecon Li N(ost)ri superiori, di mandare alli poveri missionarii Li sossi-

7 dii assegnati altrevolte nel Definitorio Generale, et d'inviar in loro agiu-

8 to novi compagni habiIi et atti per omparare (sic) le lingue, come sono

9 in particolare Li Francesi, Fiaminghi, Thedeschi, et Polacchi: et 10 pochissimi tra Li Italiani.

Et di questo ponto sono stato pregato

11 di voler avisare V. R. Et con isperienza l'ho trovato essere verissimo.

E. UN NOUVEAU POSTULANT FLAMAND

12 Di più, P(ad)re N(ost)ro, quanto a me in particolare, vedendomi in grand fasti-

13 dio et travagIio per non haver fratello lai co, chi m'agiutasse nelle

14 occupationi esteme, et spesse volte non havendo alcuno chi mi servisse

15 la messa, ne potendo pigIiare alcun servitore in casa per manca-

16 mento di sossidio, ero quasi risoluto di tralasciare questa fonda-

17 tione et missione deI Monte Libano, sino l’arrivo di novi Mission

18 narii:

ma la Providenza, prima volendo confondenni, et parimente

19 consolanni, mandô li mesi passati nel porto di Tripoli un nascello

20 Fiamengo, nell quale la maggior parte della gente erano Catholici,

21 et essendo chiamato in Tripoli per confessarli, mi viene per le mani

22 un giovane assai divoto, et di buon naturale, di 27 anni in circa

23 nato di legitimo matrimonio in Anversa, come ho conosciuto d'una lettera di testimonianza

24 deI parocho della Cathedrale della sudetta Città, ove doppo la morte

25 deI suo padre et madre ha dimorato molti anni nella case delli

26 Orfanelli, havendo imparato per mestiere l'arte di far pane:

Et essen-

27 do con Li nascelli Fiamenghi venuto in Italia, per andare a cercare la

28 sua fortuna con l'arte sua, venne finalmente in Tripoli, et significan-

29 domi d'haver a noia la Navigatione, et le cose deI mondo, desiderando

30 di farsi Religioso in alcuna Montagna deI Levante, et in particola-

31 re offerendosi con ogni affetto a voler servire Li n(ost)ri Religiosi in queste

32 parti, ho giudicato per bene, conforme l'aviso deI mio compagno, d'accettar-

33 lo, et l'ho menato meco al monte Libano, ove, doppo haverlo provato doi (sic)

34 mesi e mezzo nel habito secolare, l'ho vestito nel habito n(ost)ro ma più


(p. 5)

1 corto deI solito, et senza scapulare grande, nel giorno deI n(ost)ro sto P(ad)re

2 Andrea Fiesulano, havendolo chiamato Fratello Fra Eliseo di S. Andrea:

3 Et confesso ingenuamte a V. R. avanti Iddio Benedetto che resto tanto conso-

4 lato et sodisfatto della sua persona et modo di procedere, che, quanto a

5 me, non lo vorrei cambiare con nissun altro fratello Professo: ha-

6 vendo con isperienza provato quanta pena et fastidio si hanno dato

7 alcuni delli n(ost)ri fratelli professi, in queste parti, Percio prego

8 R instantamente di procurar dal Definitorio G(ene)rale la rati-

9 habitione (sic) di questo fatto, accioche questo giovane possa perseverare

10 con noi, et fare qui il suo Novitiato, et al suo tempo essere con-

11 fermato nella N(ost)ra sta Religione, almeno conforme che il N(ost)ro

12 Definitorio G(ene)rale ha conceduto ad Abd Allah, overo al fratello fra

13 Elia nel sto Monte Carmelo.

Di più havendo con isperienza pro-

14 vato che simili fratelli sono più atti per Li servitii delli n(ost)ri

15 missionarii in queste parti, propongo a V. R pari mente al Definitorio

16 G(ene)rale (se lei giudicarà conveniente) utrum qui nel Monte Libano

17 puotremo ancora vestire doi (sic) altri nelle medesima forma

18 et modo di sopra,

F. REQUÊTE EN FAVEUR DU PATRIARCHE MARONITE

ln oltre, P(ad)re N(ost)ro, havendo qui ricevuto molti

19 favori dal Monsigr Josepho Acurense, Patriarcha Antiocheno della Na

20 tione Maronita, il quale mi ha conceduto amplissime fracoltà per fare

21 tutte le fontioni di Missionarii, non solamtc nel predicare, con-

22 fessare et communicare, ma ancora in administrare Li sacramenti

23 parochiaIi, la supplico di mandarmi alcuna lettera di raccomman-

24 datione overo di ringratiamento dal Cardinal Protettore della su-

25 detta Natione, overo dal Eminentisso Sigr Cardinal Capponi, Protet-

26 tore deI Collegio di Maroniti in Ravenna, overo dal Monsigr IngoIi:

27 accioche, si come il sudetto Monsigr Patriarcha ha ricevuto per

28 il passato alcuna lettera di mortificatione e disgusti, per causa d'alcune

29 lettere di missionarii, alli quali haveva ristretto la loro facultà e

30 giurisdittione: cosi al incontro riceva alcuna consolatione e gusto per

31 Li favori et facoltà concesse a noi nel sacro Monte Libano.

32 Di più, essendo stato richesto dal medesimo Patriarcha di farli venire

33 un quadro dell'Assontione della gloriosissa vergine, per l'altar maggior


(p. 6)

1 della Chiesa sua Patriarchale, et havendo Li dato la parola, prego pari mente

2 V. R. di volermi favorire in questo, con obIigarmi a tante messe, confonne

3 che costara il sudetto quadro; la cui longhezza deve essere da otto pal-

4 mi in circa, overo sei volte e meza quanto è longa questo foglio

5 di carta: e la larghezza di sei palmi, confonne Li palmi delle n(ost)re

6 fabriche, overo quanto cinque volte è longo questo foglio di carta.

G. REQUÊTES PERSONNELLES

7 Ma per non importunar più V. R. finisco con un altra dimanda, cioè

8 che si compiaccia di procurarmi, per me, et Li n( ost)ri

compagni dalla sacra Congregatione la rinova-

9 tione delle facoltà et privilegii che si sogliono concedere alli missionarii

10 perche le n(ostr)re vecchie gia sono spirate, alcuni anni sono:

Et la prego di

11 procurare che siano delle più ampie facoltà che sono state conce-

12 dute, et in particolare vorrei che mi fosse conceduto Iicenza per puo-

13 ter alcune volte nel anno celebrare la sta messa nella lingua Chaldaica overo

14 Syriaca, conforme il Missale Chaldaico che ru stampato in Roma

15 iuxta ritum Ecclesiae Nationis Maronitarum,

l'anno 1594: perche

16 tengo speranza ferma che cio sarà occasione prossima per puoter con maggior

17 efficacia fare alcun frutto nell'anime della sudetta Natione: oltre

18 che spesse volte mi sono ritrovato in congiunture di non haver potuto

19 dire la sta messa, per mancamento d'Acolytho, overe per non haver

20 potuto havere un Missale Romano:

Di più, prego V. R. di procurare

21 dalla medesima sacra Congregatione, per questa mia missione del sacro

22 Monte Libano, overo di Soria, quelli libri Arabicj/et syriaci, ligati,

23 chi per ordine della sudetta S. Congregatione sono stati stampati, ma

24 in particolare alcune Copie di quelli che sono qui sotto assegnati,

25 parte per noi, parte per altri, Li quali maggiormte l'haveranno di bisogno.

26 E facendo qui fine, prego V. R. di perdonarmi della mia importunità,

27 et d'esser Li stato troppo fastidioso, havendo preso

ardire dal affetto che

28 mi porta, et dal desiderio suo zelante che tiene per agiutare le n(ost)re

29 missioni. N(ost)ro sigre conserva V. R. longamte et Li conceda ogni vero bene

30 et perfetta felicità. Nel sacro Monte Libano

2 Marzo 1648.

D(i) V. R.

Humilisso servo et Figlio F Celestino di sta Liduina

 

 

Biblia Arabica: Dottrina Christ(iana) Arab(ica)

Missale Chaldaicu(m) خدمة القداس Ministerium missae, syriacè Dittionario, overo Fabrica della lingua Arabica

Grammatica Arabica Philippi Guadagnolo

 


TABLE DES MATIÈRES

 

CHAPITRE PREMIER - INTRODUCTION GÉNÉRALE

A. BIBLIOORAPHIE

B. INTRODUCTION

CHAPITRE DEUXIÈME - NOTICE BIOGRAPHIQUE

A. NAISSANCE ET ENFANCE À LEYDE (1604-1612)

1.       SA FAMILLE

2.       DATE DE NAISSANCE

B. JEUNESSE À ANVERS (1612-1626)

C. DÉBUT DE LA VIE RELIGIEUSE (1624-1632)

D. MISSION À ALEP (1632-1643)

1.       ÉTIJDE DE L'ARABE

2.       ETUDE DES SCIENCES EXACTES

D. EN MISSION AU LIBAN (1643-1652)

1.         FONDATION DU COTNENT SAINT-ELISÉE À BÉSRRÉ

2.    FONDATION DE LA RÉSIDENCE DE TRIPOLI

3.    ÉCOLE DE BÉSARRÉ ET RÉSIDENCE À EHDEN

E EN MISSION À ROME (1652-1675)

1.    PROFESSEUR DE LANGUES ORIENTALES À "SAN PANCRAZIO" (1652-1654)

2.    RETOUR AU MONT-LIBAN ET DEUXIÈME SÉJOUR À ROME

3.    COLLABORATEUR À LA BIBLE ARABE DE 1671

F. LES PRÉPARATIFS DE LA MISSION DU MALABAR (1660-1674)

1.    LE P. CÉLESTIN, HOLLANDAIS, EST SOLLICITÉ POUR LE MALABAR

2.    LE P. CÉLESTIN S'OFFRE POUR LA MISSION DU MALABAR

3.    COURT SÉJOUR DU P. CÉLESTIN EN HOLLANDE

G. LA MISSION DU MALABAR (1675-1676)

1.    APPEL AUX MISSIONNAIRES DU P. MATTEO DI SAN GIUSEPPE

2.    CÉLESTIN S'OFFRE POUR LA MISSION DU MALABAR

3.    DÉPART DES MISSIONNAIRES POUR VENISE

4.    PASSAGE  PAR ALEP ET DÉPART POUR BASSORA

5.    DÉPART POUR SURAT EN INDE, SAUF LES PERES CÉLESTIN ET AGNELLO

6.    DÉPART DES DEUX PERES POUR SURAT À TRAVERS SIRAZ

7.    MORT DU PÈRE CÉLESTIN

CHAPITRE TROISIÈME - SON OEUVRE MAJEURE:

L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST

A. LES ÉDITIONS DE L'IMITATION

1.    EDITION PRINCEPS: ROME 1663

2.    EDITIONS DU 180 SIÈCLE

3.    EDITIONS DES 190-200 SIÈCLES

B. LES MANUSCRITS DE L'IMITATION

C. LE P. CÉLESTIN FUT-IL UN PLAGIAIRE

1.    LA TRADUCTION DU P. IGNACE D'ORLÉANS

2.    ORIGINE DE L'ACCUSATION: STÉPIIANE ÉVODE ASSEMANI

3.    JUGEMENT ÉQUITABLE DU P. LOUIS DE GoNZAGUE, CAPUCIN

4.    CONCLUSION

D. CONCLUSION SUR LA TRADUCTION DE L'IMITATION

CHAPITRE QUATRIÈME - LES AUTRES OEUVRES ARABES

A. TRADUCTION D'UN COMPENDIUM DE LA VIE DE SAINTE THÉRÈSE D'A VILA

  1. AUTHENTICITÉ DE L'OEUVRE & EDITION

  2. LES 5 MANUSCRITS CONNUS

  3. UN SIXIÈME MANUSCRIT À ALEP

  4. IDENTIDCATION DE CE MANUSCRIT: VERSION DE BUTRUS AL-TOLAWI

B. DES DIFFÉRENCES ENTRE ORTHODOXES ET CATHOLIQUES

C. SERMONS SUR LES ÉVANGILES

D. SERMON HISTORIQUE DE SAINT GRÉGOIRE LE DÉCAPOLITE

CHAPITRE CINQUIÈME - OEUVRES TRADUITES DE L'ARABE EN LATIN & AUTRES OEUVRES

A. TRADUCTION DU CORAN

B. PARABOLES ET SENTENCES

C. LE PRATIJM SOLITARII DE SIM'AN IBN KALIL IBN MAQARAH

D. AUTRES OEUVRES

APPENDICE - LETTRE DU PÈRE CÉLESTIN DE SAINTE LUDWINA AU. P. ISIDORE, SUPÉRIEUR GÉNÉRAL (MONT-LIBAN, 2 MARS 1646)

A. LIVRES TRADUITS OU COMPOSÉS

B. LE TI-lESAURUS LINGUAE ARABICAE

C. LES MISSIONAIRES SONT SEULS ET PEU NOMBREUX

D. LES MISSIONAIRES ATTENDENT DES SUBSIDES

E. UN NOUVEAU POSTULANT FLAMAND

F. REQUETE EN FAVEUR DU PATRIARCHE MARONITE

G. REQUETES PERSONNELLES

d'après "La Splendeur du Carmel", Père Samir KHalil (jesuite)

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