Table des Matières

Table of Contents

Dr. Père Cezar Mourani ocd

Nouvelle Edition 2002

 

L'Architecture Religieuse de Cobiath (Kobayat) sous les Croisés

 

TROISIEME PARTIE

Etudes Detaillées des Chapelles Cobiathines

 

- Chapelles Simples –

Chapitre 5

 

LE OUADI HILSBAN

Ain el Sitt - Mar Challita - Mar Sarkis et Bakhos

 

Hilsban, Aïn-Essit, Mar Challita, Betouège, Mar Sarkis, une série de noms aux résonances antiques. Des noms qui disent peu aux profanes et beaucoup aux chasseurs de mythes et aux amoureux du passé. Le temple de Hilsban enfoui sous un cumul de détritus et d’oubli laisse planer le mystère autour de ses origines et de sa destination première dans l’attente que le voile soit un jour, enlevé. La photographie ou l’inspection aérienne pourrait, peut-être, permettre de retracer la route romaine qui, à travers la vallée, reliait la Boqeiaa et Homs à Arqa par le biais du Akkar, route utilisée sans doute par la belle chevalerie franque de l’époque, empruntée très probablement par Baibars montant à l’assaut du château d’Akkar et suivie au XVII s. par le redoutable Emir du Liban Fakhreddine à la poursuite de son coriace rival, Ibn Saïfa, retranché au Crac des Chevaliers.

 

1.    Aïn-Essit :

 

1- Le nom :

"La source de la Dame”; que peut signifier le nom?

 

Très probablement, un ancien culte de source comme Ain-el Qabou de Oudîn dans la vallée homonyme et tant d’autres sources du pays. Les qualités curatives de cette eau ne sont pas ignorées de la population locale qui en raconte des merveilles. Nous ne doutons point de leur bonne foi, mais pourquoi le nom? Doit-on traduire le “Aïn” par “œil” et non par “source” ce qui reviendrait à dire “l’œil de la dame” vu que le mot arabe “ Aïn” peut signifier indifféremment œil et source. Le thème de l’œil est fondamental dans l’ancienne poésie amoureuse arabe où la pudeur réduit les poètes à ne chanter, de la femme aimée, que l’œil et la chevelure, les deux thèmes aquatiques par excellence. Dans ce cas on doit conclure que la source ne fut appelée que comparativement “œil de la dame” et l’archéologue n’a plus qu’à se rafraîchir le corps et l’esprit à l’ombre de son immense platane. La version paraissant quelque peu poétique, pour ne pas dire enfantine, nous pensons que le nom ne peut trouver sa véritable explication qu’à la lumière de la présence du temple voisin.

 

2- Le temple :

Situé à deux kilomètres à l’Ouest de Aïn-Essit au sein d’une conque naturelle créée par un brusque retrait de la montagne, le temple est placé sur une plate-bande surplombant le torrent qui l’hiver serpente au sein de la vallée. Le monument est enfoui dans le sol. Seuls, le mur oriental et une partie du mur Nord se conservent jusqu’à la hauteur de deux mètres, étalant leurs immenses monolithes, témoins impassibles d’une gloire évanouie: “Le vestige le plus important qu’on trouve à Cobiath est celui de Wadi Hilsban. Ses grandes pierres le font ressembler à Qalaat MiÁrab dans le Kesrouan et au temple de Afqa, près des sources de Nahr-Ibrahim…”[1].(A)

 

3- Origine du nom :

La vallée porte aujourd’hui le nom de Hilsban; les anciens de Cobiath affirment qu’elle s’appelait autrefois: Hiçn-el-bal (à la حسن البال) à la dénomination est poétique: le lieu est effectivement d’un charme frappant pour ceux qui recherchent le calme de la solitude, preuve en est la mansaké (ermitage) de Bethouèj. Mais il semble plus logique de reporter le nom à la langue araméenne et à une période antérieure.

 

Hilsban (Hilsbal ou Hilsbêl) du syriaque “hilso” peut signifier la forteresse ou la demeure (maqam) de l’une des trois divinités syro-romaines: le Baal phénicien, Bêl d’Emèse ou Pan (c.f. Salloum. Fouad, Diraçat p. 72).

 

Nous pensons qu’une légère dérivation se trouverait mieux placée pour jeter un nouvel éclairage sur cette appellation problématique le mot syriaque “Hils” signifiant aussi fort dans le sens de force, Hilsbal serait-il, Bêl, Baal, ou Pan, le fort,le vaillant ou mieux le seigneur, le maître ? Cette opinion est corroborée par l’imposition du nom Challita au sanctuaire chrétien superposé, le syriaque “ Challita” signifiant, en effet, le chef, ou celui qui détient l’autorité. Si l’explication est viable, Hilsbal serait Baal le seigneur et le temple aurait porté le nom du Baal, Adonis-Apollon, le dieu soleil et de sa sœur la désse lunaire Achtarouth-Artémis. Comme résultat direct de cette version, Aïn-Essit devrait être traduit par “la source de la Dame” avec un D majuscule, indiquant Achtarté “la Dame” phénicienne, déesse-sœur du Baal, Adonis. Le haut de la même vallée, appelé Betouège, ne serait alors que Bet-el Wajh” demeure du chef ou demeure de dieu.

 

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2.    Mar Challita:

 

Presque à mi-chemin entre Aïn-Essit et Mar Sarkis au sein de la vallée s’élevait jadis le beau temple blanc de Hilsban. L’habituel vieux bosquet de chênes-verts en ombrage les restes décadents. Mar Challita s’est superposé au grand Baal et le lieu de culte païen s’est bientôt christianisé.[2]

La vallée est ici large et des champs à cultures variées en couvrent le fond. L’eau coulant à quelques centaines de  mètres nous a donné l’impression que les citernes aménagées dans le rocher au Sud-Est du temple fussent plutôt destinés à la conservation de liquides précieux tels huile et vin plutôt qu’à l’eau. Plusieurs tombes-hypogées existent encore sur les deux flancs de la montagne, à 200 m environ et au Sud du temple. Notons qu’ici, le rocher est fait d’une sorte de tuf blanchâtre et par conséquent très facile à évider.

 

1- La chapelle :

Adossée aux murs Sud et Est du temple, l’église, apparemment composée d’une chapelle à nef unique, est encastrée à l’intérieur de l’enceinte jusqu’au point de naissance de la calotte absidiale. Pour parvenir à l’intérieur, on descend les degrés d’un escalier d’environ deux mètres de profondeur au-dessous du niveau du sol environnant. La chapelle étant à nef unique, seule une fouille du vaste amas de pierres voisin permettrait de rendre compte de l’existence d’une chapelle contiguë. La chapelle actuelle, au rapport de son intendant de bonne mémoire, n’était, elle aussi, qu’un tas de remblai.

Elle en fut dépouillée par les gens du pays au début des années trente de xxe siècle. Couverte d’une simple charpente en tôle, elle fut aménagée pour le service des paysans durant la saison des récoltes. Aujourd’hui, le toit n’existe plus et la chapelle désaffectée est rendue à la voracité de la broussaille. Nous avons dû nous y frayer un chemin, aussi nous nous excusons-nous de l’inexactitude de certaines mesures par crainte de déranger quelque hôte ombrageux.

 

2- Le Plan:

La chapelle est formée d’un vaisseau unique allongé d’une abside en cul-de-four. La nef qui conserve ses murs jusqu’à la hauteur de deux mètres environ, est un rectangle de 7,90 x 5,75. Elle est reliée à l’abside par un ressaut unique. Une sorte de transept plus élevé d’un degré (25 cm) du niveau du sol de la nef, s’intercale sur une largeur de 1,40 mètre entre la corde de l’abside et le terre-plein de la nef. Trois pierres, installées sur cet espace et de chaque côté latéral forment autant de sièges de 0,40 mètre de largeur et de 0,30 mètre de hauteur. Une banquette, formée de pierres de mêmes dimensions, circule le long des murs de rive. Il faut noter cependant à ce point le déplacement du diamètre de l’abside par rapport à l’axe central de la nef. Le ressaut du Sud est en effet supérieur à celui du Nord, ce qui donne à la chapelle un désaxement nettement apparent.

L’étude extérieure de la construction est impossible à réaliser dans l’état actuel étant donné que l’édifice est complètement enterré dans le sol environnant. Tout ce qu’on peut dire c’est que les murs Sud et Est de l’église sont faits d’un parement unique relié directement aux murs du temple par le moyen d’un mortier fait de sable, de poterie finement triturée, de chaux et de cendre, alors que les deux autres côtés possèdent des murs à double parement dont celui de l’extérieur a emprunté ses grandes pierres aux ruines du temple. A l’intérieur, la construction, fort simple comme plan, est bien soignée. L’appareil petit mais bien taillé semble avoir été pris, lui aussi, aux monolithes du temple. Il devait être couvert d’enduit dont on peut remarquer quelque reste dans les recoins de l’édifice.

 

3- Le décor:

Le décor est réduit à une mouluration du type roman habituel. Celle-ci parcourt l’arc de l’abside à 1,40 mètres du niveau actuel du sol. L’abside est aveugle étant donné que sa rotonde extérieure est encastrée dans l’œuvre du temple. Une petite niche rectangulaire (0,35 x 0,25) perce à moitié le mur de fond au-dessus de la moulure. Plusieurs de ces niches sont aménagées à travers les espaces plans des murs: plus ou moins petites, placées à des niveaux différents, les unes devaient recevoir les livres saints, les autres étaient, peut-être, destinées à abriter les “qandiles” ou lampes d’éclairage. L’illumination de l’église se faisait apparemment par le biais d’une porte et d’une fenêtre unique. La porte, placée à l’angle Sud-ouest, est composée de deux blocs monolithes franchie d’un troisième, le tout puisé dans les vestiges du temple. La fenêtre, simple fente rectangulaire à l’intérieur, plus étroite vers l’extérieur, est placée au centre de la façade Ouest, au niveau-même du sol voisin. Le pied-droit Nord de cette fenêtre réutilise une pierre assez grande chargée d’un décor géométrique et contrastant par sa couleur pain-de-sucre, avec le reste du mur blanchâtre. Nous pensons, vraisemblablement, à un chapiteau  de facture archaïque et à décor en corbeille du type dit syriaque. A travers la vallée aux multiples sources, ombragée de noyers, de sapins et de platanes, nous apercevons déjà Mar Sarkis sur la crête de la montagne.

 

4- La tombe du silence:

Au Sud-ouest du, temple et à quelques mètres des hypogées un sépulcre a toujours attiré notre attention.

Le tombeau est creusé dans la plate-bande d’un promontoire rocheux qui, en falaise, domine la plaine d’une hauteur de vingt mètres. Superbe orgueil ou dignité de son hôte, la tombe a des dimensions pareilles à certains sépulcres de Ghozrata. Nous pensions avoir retrouvé une tombe de vestale et rencontré, par conséquent, la réponse à nos questions à propos de la destination du temple. L’ouverture remblayée faisait présumer de l’existence d’une chambre sépulcrale sous l’entaille apparente. Les buissons nous avaient induits en erreur. Les chasseurs aux trésors ont résolu l’énigme. C’est une tombe du type appelé “sub divo “ faite avec grand soin. Aucun symbole, aucune inscription n’ont répondu à notre soif de savoir. Nous l’avons appelée: la tombe du silence.

 

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3.    Mar Sarkis et Bakhos :

 

1- Le site :

Des raies blanchâtres parsèment le vert sombre de l’horizon. C’est la montagne crayeuse de Mar Sarkis au village de Beit-Gharib. Celui-ci  formé de deux masures et d’enclos éparpillés il y a une vingtaine d’années, est aujourd’hui un hameau moderne desservi par une piste récemment tracée à partir de Akkar-el Atiqua. L’eau suinte de partout, mais le sommet de la montagne, d’où l’église surplombe le village, est parfaitement à sec, d’où la présence des citernes creusées dans les rochers aux alentours du vieux sanctuaire. Le site est presque semblable à ceux des autres monuments du pays. Une plate-bande aménagée sur le dos d’un éperon entre deux vallonnements. Les coteaux du mamelon semblent avoir été cultivés car ses terrasses en palier plus ou moins étroites, aujourd’hui couvertes de gros sapins sont épaulées de murs en maçonnerie. Du sanctuaire presque camouflé par la verdure, le regard suit, à l’Est, la vallée de Hilsban et bute plus loin contre la chaîne du Akroum. Au nord-est, on entrevoit, à l’horizon et en temps clair le profil blanc du Crac des chevaliers. Est-ce la vallée suivie par Baibars montant à l’assaut du château d’Akkar, en 1271? Si la traversée de la vallée paraît agréable, l’escalade de la passe saint-Serge est réellement difficile pour une armée surchargée surtout en temps pluvieux où même “ une fourmi glisserait sur le sol détrempé…”. A l’Ouest, l’église est presque adossée contre une falaise rocheuse dont les parois révèlent des travaux exécutés à main d’homme.

 

2-Le plan :

L’église des saints Serge et Bakhos est composée, elle aussi, d’une double chapelle. Toutes les apparences font dépendre cette église d’un ensemble cultuel. Les chapelles jumelles sont, en effet, adossées à une grande salle qui, orientée Nord-Sud, dépasse d’une mesure la façade Ouest de l’église. Le sol, en outre, présente, au-delà de la façade Est, des vestiges de maçonnerie dont les assises saillantes semblent faire partie d’un plan d’ensemble. Cette opinion est par ailleurs confirmée par un témoin oculaire du XIX s. énumérant les anciens lieux de culte de Cobiath: Monseigneur Zraiby écrit à ce propos: “l’église Mar Sarkis et Bakos devait être un couvent, vu les nombreuses chambres qui existent jusqu’à présent…”[3]. La même idée est exprimée par la tradition locale qui applique à ce lieu de culte le nom de Deir (couvent).

 

Le plan est celui d’une église à deux chapelles jumelles. Parfaitement orientées, elles donnent, extérieurement, l’impression d’un rectangle complet. En réalité, elles n’ont qu’une façade commune tandis que leurs absides accusent un net retrait l’une par rapport à l’autre. La façade commune est celle de l’ouest. Elle est adossée à une longue salle dirigée Sud-Nord. Plutôt que de façade, on devrait parler d’un mur commun puisque ce côté de l’église est à peine visible étant donné que le faîte du mur ne dépasse que d’un mètre la terrasse de la salle longue. L’entrée principale est placée au Nord, une autre porte établit la communication intérieure entre les deux chapelles. La chapelle Sud, presque aveugle, communique, par une entrée basse et étroite avec la salle longue. Une fenêtre, placée assez haut dans le mur Ouest ne semble avoir d’autre fonction que celle de communiquer avec une cellule qui devait surmonter le coin Sud de la salle longue mais il n’en reste plus aucune trace significative.

 

3- La chapelle Nord :

Le plan de cette chapelle est différent des autres monuments décrits jusqu’à présent. Orientée d’Ouest en Est selon l’usage, l’église consiste en une nef unique à deux travées. Terminée par une abside en cul-de-four aménagée dans un chevet droit, elle s’ouvre sous un grand arc. Les murs de rive, développant une ligne continue, englobent dans un même rectangle nef et abside.

 

La chapelle semble constituer la partie principale de cet ensemble cultuel. Elle mesure (9,90 m) de longueur sans œuvre, abside comprise, et (4,20m) de largeur. Si nous nous tenons uniquement à la nef, nous constatons que celle-ci dessine un vaisseau rectangulaire divisé par des pilastres en deux travées approximativement carrées. Le dessin permet de restituer, sans doute, une toiture en voûte d’arête reposant sur des pilastres. Les piliers médians ont été l’objet d’un soin particulier. Construits en pierre calcaire dure, ils offrent une taille fine et un galbe puissant et délicat. Les pierres présentent, toutes, des stries fines et parallèles disposées obliquement par rapport au lit de pose, ce qui indique l’emploi du taillant-droit à dents, technique assez fréquemment utilisée dans les constructions des croisés.

 

Une moulure, faiblement saillante encadre l’entablement ce qui met légèrement en retrait la ligne de décrochement de l’imposte qui forme la retombée des arceaux de la voûte d’arête pourtant et malgré le poli de leurs joints les assises sont accordées, les unes aux autres, au moyen d’un ciment, composé, de gravier d’extraction locale, très finement tamisé, de poterie pilée, et de chaux. La présence d’une grande proportion de petits fragments de charbon de bois, dans ce ciment, permet de penser que de la cendre a été mélangée aux autres composantes du mortier. Les piliers des angles et l’appareil du parement intérieur des murs sont moins soignés et semblent avoir été expressément faits pour être couverts. On peut, par ailleurs, constater, un peu partout dans la chapelle, la présence de grands espaces couverts d’enduit. Le même ciment à base de chaux de gravier et de cendre, a servi pour lier les blocs irréguliers des assises. Les pilastres médians sont à moitié engagés dans les murs et présentent des façades plates alors que les piliers des angles se présentent sous une forme anguleuse pour recevoir la retombée de l’arête de l’arc croisé. Ceux des angles Sud-Ouest, Nord-Ouest et Nord-Est se conservent jusqu’au point de départ du tétracorne; celui-ci est conservé jusqu’à la hauteur d’un mètre environ. Outre les arcs de la voûte d’arête, les piliers reçoivent les retombées des arcades latérales ce qui donne une sensation de robustesse aux appuis et une stabilité  évidente à la toiture aujourd’hui effondrée. L’arc triomphal, reliant l’abside évidée en arc surhaussé, retombe en berceau légèrement brisé sur les entablements des piliers d’angle et dessine une double voussure avec la demi-sphère de la calotte. Celle-ci n’existe plus, ainsi que les arcs de support.

 

Nous pouvons, cependant, supposer que la toiture reposait directement sur le ressaut du doubleau supérieur puisque les impostes, toujours en place, impliquent une arcature semblable à celle du mur occidental.

 

4- Le décor :

Le décor de la chapelle se réduit, actuellement, à la disposition des portes et des baies. Une mouluration du type commun aux autres chapelles se développe le long de l’abside, à la hauteur du point de départ de l’imposte. Une ébauche de mouluration se répète aussi sur l’entablement des piliers du centre. Le dallage originel n’est pas visible puisque l’effondrement a remblayé l’intérieur. Une fouille clandestine faite à côté du pilastre médian Sud à mis à jour le lit de pose de ce dernier. D’après cette fouille, la moulure du pilier, placée au même niveau que celle de l’abside, accuse, 1,70 mètre d’élévation. Les assises des pilastres et des arcatures sont encastrées dans le parement intérieur des murs ce qui donne à penser que ce parement fut monté après coup ou tout au moins, piliers et arcades furent construits en même temps que la partie interne des murs.

 

La porte, mieux appareillée que le reste de la construction semble avoir eu droit à un soin pour le moins semblable à celui accordé à l’appareil des piliers. De forme rectangulaire (0,90 de largeur) elle n’a ni voussure, ni colonnade, aucun décor particulier ne la distingue. Le linteau monolithe, relativement moins soigné paraît de réemploi: outre la nature de la taille, plus ou moins grossière et la qualité de la pierre différente du reste, le linteau porte en creux une croix antique à peine visible. Le seuil est enfoui sous le remblai mais les pieds-droits conservent intacts les mortaises et les plis des charnières. La porte est surmontée d’un tympan en arc légèrement brisé et évidé. Les assises de l’arc, trois par trois, reliées par une clef, reposent directement et d’une façon lâche sur les extrémités du linteau. La partie intérieure de l’entrée trace, à son sommet, un arc surbaissé, d’une très belle facture, sans linteau. La poussée de l’arc retombe sur des consoles biseautées. Le contraste entre les deux arcs dans une même œuvre est déconcertant surtout quand on constate que ce dernier type d’arc est unique dans tout l’ensemble cultuel où seul l’arc brisé est employé. L’éclairage du sanctuaire devait être assez pauvre puisque, outre la porte, il n’était assuré que par une baie assez petite rectangulaire au-dedans comme ou dehors. La chapelle possède, en outre, plusieurs baies d’aération dont l’une, sise au-dessus du portail, est surmontée d’un linteau échancré (arcuated  lintel). Les archères de Castel Rouge, entre Safitha et Tartose, sont arcuées de la même façon. D’autres baies, aveugles et placées haut ont dû, certainement, servir à recevoir les poutres de la charpente utilisée lors de la construction de la toiture. Il reste à signaler la présence de deux grandes niches, situées à hauteur d’homme dans les mur de rive, non loin de l’abside et qui, sans doutent, ont dû servir à quelque besoin du culte. Celle qui est évidée dans le mur Nord devait, probablement, recevoir les livres, une fois la prière finie, tandis que celle du mur Sud servait peut-être à garder l’huile sainte, souvenir lointain de l’huile sanctifiée par les os des martyrs. La pratique est toujours en usage en Orient. On peut, par ailleurs, relever des traces de cet emploi malgré le délavement causé par les intempéries. La niche est présentement noircie par la fumée des cierges allumés en l’honneur des saints patrons. Disons, enfin, que la porte qui fait communiquer les deux chapelles, située dans la travée Ouest presque symétrique au portail d’entrée, est une percée de 0,70 mètre de largeur. L’état de délabrement dans lequel se trouve cette partie de l’église ne nous laisse deviner ni ses mesures, ni sa facture. 

 

5- La chapelle Sud :

Plus délabrée et encombrée que la précédente, elle offre, elle aussi, un plan tout à fait original soit par rapport à sa voisine, soit relativement aux autres chapelles du pays. Une nef unique, elle se présente sous la forme d’un vaisseau voûté en arc rampant avec arcades sur pilier au centre de la salle. Elle a une largeur presque égale à sa sœur (4,30m) avec une longueur sensiblement inférieure à 8,50 mètre. La chapelle semble, en effet, écourtée vers l’abside dont l’arc du cul-de-four dépasse à peine le niveau de l’arc triomphal de la chapelle voisine. Le mur de la façade Ouest, raccordé à celui de la salle longue annexe, continue, du Sud au Nord, la façade de la chapelle contiguë, alors que le mur de rive Sud englobe dans un ensemble uni l’église et la salle longue. Un mur mitoyen se dresse entre les chapelles: étroit vers l’Ouest (0,90 m) il s’élargit au niveau des absides(1,50m).

 

Une arcade en plein-cintre reposant sur piliers d’angle soutient, à l’Ouest, la terrasse de l’édifice. Un pilier cruciforme, plat et engagé, reçoit, lui aussi, la retombée d’une double arcature qui se développe le long du mur Sud. Ces arcs en plein-cintre reposent sur des piliers d’angle parfaitement semblables à ceux de la chapelle voisine. L’arc triomphal se dégage, lui aussi, à partir des piliers d’angle. Le pilastre médian du mur Sud ainsi que le mur mitoyen n’offrent aucun élément qui puisse faire penser à une croisée d’ogive.

 

Ceci nous induit à supposer que la chapelle était probablement voûtée en demi-berceau ou tout au plus en demi-arête élevée dont le poids retombant au Sud sur les arcatures soutenue par le mur de rive, était contenu, au Nord, par la poussée de l’autre chapelle. Disons, tout de suite, que toutes les données recueillies à propos du système de construction ne font aucun doute que l’édifice, conçu comme un tout uni, laisse prévoir une église à deux nefs plutôt que deux chapelles juxtaposées.

 

L’abside très évasée est raccordée à la nef par un arc surbaissé. Une moulure, actuellement très bouleversée, devait se dérouler le long de l’imposte. Des baies multiples sont encore visibles mais elles sont, toutes, bouchées. Les unes devaient servir à l’aération, les autres à contenir les lampes à huile. L’une de ces baies, aujourd’hui aveugle, est placée dans ce qui reste du mur Est de l’abside au-dessus de la mouluration.

 

Il reste à étudier les structures et la fonction de deux grandes baies qui perforent le mur de la façade Ouest de cette chapelle.

 

La première semble une porte qui établit la communication entre la chapelle et l’intérieur de la salle longue annexe. Ce passage n’a que 0,60 mètres de largeur. La hauteur est actuellement impossible à réaliser vu l’amas de débris qui jonchent le sol. Tout laisse, cependant, supposer qu’il devait être assez bas. De forme rectangulaire, les côtés ne conservent aucune trace de charnière ou de mortaise ce qui fait supposer qu’il n’était pas destiné à être fermé. A quoi ce passage pouvait-il servir? Était-il destiné à tenir la fonction de “regard “ donnant sur les Saintes Espèces, fait dont les anachorètes syriaques en avaient l’habitude dans leur retraite?

 

La seconde porte, aussi haute et large que la première est placée presque au centre de la façade. Elle livre actuellement passage sur la terrasse de la salle longue. La terre accumulée et les buissons qui encombrent cette partie de l’édifice nous ont empêché de nous assurer de l’existence d’un escalier en pierre. Ceci n’interdit point de supposer une fonction de passage à cette baie, passage qui, le cas échéant, pouvait être desservi par un escalier mobile, chose habituelle dans les églises maronites. Le terrasse de la salle longue est couverte, aujourd’hui, d’arbres et de buissons, comme par ailleurs les autres parties des terrasses conservées, ceci risque fort d’abattre le monument.

 

6- Les annexes :

Le sanctuaire est implanté dans un ensemble dont la majeure partie des bâtiments n’existe plus. Il reste, cependant quelques vestiges que nous allons essayer de passer en revue, vu l’importance qu’ils pourraient avoir pour la compréhension du site et de sa fonction.

 

7- La Salle longue :

Le long de la façade Ouest du sanctuaire se développe, du Sud au Nord, une salle dont le côté Sud continue d’une façon unie le mur Sud de l’église, mais elle dépasse, au Nord, la largeur des chapelles. Elle est formée d’un vaisseau unique voûté en berceau légèrement brisé. La façade Nord et une partie de la salle sont effondrées. Mais, comme structure, ce qui en reste est suffisant pour en restituer la forme première. Sa terrasse est beaucoup plus basse que celle de l’église comme son sol l’Est aussi par rapport à celui du sanctuaire qui communique avec elle par un passage bas et étroit.

 

Un gros rocher-maître occupe l’angle Sud-Est, son sommet semble avoir été aménagé pour la pose de quelque objet. La salle a une longueur de onze mètres pour une largeur de trois sur trois mètres de hauteur. Ce qui reste des murs est complètement aveugle. Comment était-elle éclairée? Outre le portail, elle devait avoir quelque baie dans la façade Nord. Un linteau encore intact jonche le sol à quelques mètres au Nord-Ouest de l’édifice. Sur ce linteau ont été gravées en creux trois croix pattées du type syriaque commun. Située à distance égale l’une de l’autre, les croix occupent le centre et les extrémités du monolithe qui, vraisemblablement, servait à couronner le portail de la salle. Peut-on alors penser à une construction plus ancienne, dans le cas, syriaque de la première période chrétienne?

 

L’appareil de la salle, moins régulier, moins soigné et plus grand que celui du sanctuaire, la position de l’édifice par rapport à l’église, l’orientation, en plus, du linteau, font croire de prime-abord à une chapelle antique, une sorte de crypte par exemple.

 

D’autres données peuvent faire penser, par ailleurs, à une construction postérieure. En effet, une niche évidée au milieu du mur Est de la salle et presque à ras de sol, montre les assises du parement extérieur de la façade Ouest des chapelles: ceci implique que l’imposte de la voûte de la salle longue, construite plus tard que la façade ait été adossée directement sur cette dernière. Le soin, par ailleurs, apporté à l’appareil de la façade, peut être, lui aussi, une preuve évidente que l’église a été élevée avant la salle longue.

 

Entre les deux possibilités, nous optons pour une troisième lecture: l’ensemble cultuel de Mar Sarkis a été élevé d’emblée avec ses annexes pour les raisons que nous allons exposer.

 

Le mur de rive Sud des chapelles se développe horizontalement et verticalement de façon à contenir l’église et la salle dans une même œuvre qui rend impossible toute distinction, séparation ou ajout dans la texture égale de la construction. Le même soin dans l’appareil et la même taille s’observent dans l’appareil du mur Ouest de la salle.

 

Dans le passage de communication entre la chapelle Sud et la salle, le mur de l’ouverture est unifié: les murs de la chapelle et de la salle, réunis, constituent les parements d’un seul mur: même qu’une seule pierre traverse parfois le mur de bout en bout. Le décalage dans le soin apporté à l’appareil est explicable par la fonction des divers bâtiments et l’on comprend sans grande difficulté, que l’on ait mieux soigné l’appareil de l’église que celui des annexes. A quoi pouvait alors être destinée cette salle longue?

 

Nous pensons tout simplement à une salle d’hospice ou d’hôpital pour pèlerins de passage du genre déjà mentionné par C. Enlart à Nephin. Nous appuyons notre opinion sur deux faits importants : d’abord l’emplacement du sanctuaire au sommet d’une montagne, passage obligatoire entre Arqa et le Crac des Chevaliers à travers le haut Akkar. D’autre part, des auges sont évidées dans le rocher ainsi que des citernes. L’eau, puisée aux citernes, coule à travers des canalisations aménagées dans la paroi rocheuse avant de verser dans les auges préparées à l’intention des passagers et de leurs montures.

 

Les habitants du centre devaient avoir leur demeure à l’Est du sanctuaire. Des vestiges de construction sont, en effet, toujours visibles dans le sol de cette partie du site. Ils doivent, vraisemblablement, correspondre aux infra-structures des salles dont parle le témoin oculaire du XIXes. cité plus haut (Monseigneur Zraïbi). Deux entailles rondes et profondes sont repérables dan un rocher plat, quelques mètres derrière l’abside de la chapelle Nord. Ce sont des trous faits pour recevoir des supports en bois.

 

Une muraille devait ceinturer l’ensemble. On en voit des vestiges sur la plate-bande qui précède le versant oriental de l’éperon: vingt mètres au Sud-Ouest du sanctuaire, on voit toujours les restes d’un four à chaux dont on s’est servi, probablement, pour les besoins de la construction. Disons, enfin pour clôturer ce chapitre que l’édifice à dû subir des réfections postérieures. On en voit des traces apparentes sur le mur Ouest du sanctuaire.


[1] - se reporter au manuscrit de Mgr Zraiby pré-cité.

(A) Note= Mr Lockroy, un des collaborateurs d’Ernest Renan, (c.f. Mission, p. 117) visite les lieux vers le milieu du 19ème. siècle et rapporte ses impressions: “Cobbaïet est une espèce de centre pour ces cantons perdus. Près de Cobbaïet, à Ellesbey, il reste deux murs d’une vaste construction antique. Les blocs sont d’une grande dimension et ne portent pas de trace de ciment… je ne vis pas de restes de colonnes; mais je remarquai une niche carrée, enclavée dans le mur, comme celle de Kalaat Sarba et entourée d’une bordure dans le style grec…”.

[2] Le baptême du temple doit remonter à une période très ancienne. D’abord le culte de Mar Challita n’est ni récent, ni insolite chez le peuple maronite preuve en sont les multiples sites dédiés à ce saint à travers le Liban. Ces dernières années, une pieuse dame s’est donné pour objectif de relever le sanctuaire de Hilsban de ses cendres. Les deux pans de mur observés par l’adjoint de Renan lors “ d’une course rapide” et ‘’la niche carrée enclavée dans le mur (Est) et entourée d’une bordure dans le style grec” sont encore ou ont été refaits bravement quoique avec quelque petit changement par la dame pré-citée-il semble que Lockroy n’a pas eu l’occasion ou le loisir de fouiner un tout petit peu dans les parages. Les circonstances ou la compagnie ne lui ont pas montré la grosse pierre, partie de la frise supérieure du temple. Cette frise ressemble, avec ses rinceaux fleuris et ses oves aux frises de Baalbec. Mais le véritable mérite de la vénérable dame, malgré les dégâts causés au temple, c’est non seulement d’avoir monté intelligemment au sein et à côté du célèbre temple, un superbe ensemble socio-religieux, mais et surtout d’avoir mis en lumière les fondations de l’église paléo-chrétienne. Le linteau est toujours visible dans la façade alors que le seuil a été enterré dans le nouvel édifice. Il y a à remarquer la nécropole des tombes du type dit sub divo’’

[3]  Monseigneur ZRAIBY Mikhaïl, Manuscrit.

 

 

Table des Matières

Partie1-Chap1

Partie3-Chap1

Partie4-Chap1

 

Partie1-Chap2

Partie3-Chap2

Partie4-Chap2

Introduction

Partie1-Chap3

Partie3-Chap3

Partie4-Chap3

  

Partie3-Chap4

Partie4-Chap4

 

Partie2-Chap1

Partie3-Chap5

Partie4-Chap5

 

Partie2-Chap2

Partie3-Chap6

 
  

Partie3-Chap7

Conclusion

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